Le Président français veut tenter de normaliser les relations entre la France et la Russie, et à terme, de susciter une nouvelle architecture de sécurité en Europe. Ca passe par la fin du conflit qui se poursuit en Ukraine.

Vladimir Poutine et Emmanuel Macron lors de leur première rencontre, en mai 2017, au Château de Versailles, peu après l’élection du président français.
Vladimir Poutine et Emmanuel Macron lors de leur première rencontre, en mai 2017, au Château de Versailles, peu après l’élection du président français. © AFP / STEPHANE DE SAKUTIN / POOL / AFP

Dans sa boulimie diplomatique de la rentrée, Emmanuel Macron fait un pari qui prend le contre-pied de la pensée dominante actuelle : il tente de relancer les relations avec la Russie de Vladimir Poutine, avec comme objectif rien de moins qu’une « nouvelle architecture de sécurité et de confiance » en Europe.

Il a accompli le premier pas de cette démarche en recevant le président russe à Bregançon la semaine dernière, à la veille du G7 de Biarritz. Mais ça ne s’arrête pas là : dans son discours annuel aux ambassadeurs de France, hier, Emmanuel Macron a annoncé deux prochains rendez-vous avec la Russie : un voyage à Moscou des ministres français des Affaires étrangères et des Armées, pour rencontrer leurs homologues russes ; puis un Sommet consacré au conflit en Ukraine, réunissant la France, l’Allemagne, la Russie et le nouveau président ukrainien, Volodimir Zelensky.

Emmanuel Macron a ironisé sur le fait que de nombreux ambassadeurs qui l’écoutaient avaient grandi dans la défiance vis-à-vis de la Russie et de Poutine ; mais il les a fermement invités à changer de cap avec lui, fustigeant un « État profond » qui ferait de la résistance.

Pourquoi aujourd’hui ? Pour deux raisons. L’une conjoncturelle, avec une éclaircie dans le conflit de l’Est de l’Ukraine, qui a fait plus de dix mille morts en cinq ans : les présidents russe et ukrainien se sont téléphonés, et il y a une possibilité de désescalade. La France et l’Allemagne sont les co-parrains d’un processus de négociation baptisé « format Normandie », qui peut aujourd’hui être relancé.

L’autre raison est plus fondamentale. Emmanuel Macron ne rate pas une occasion de promouvoir l’idée d’une « autonomie stratégique » de l’Europe, et celle-ci, à ses yeux, passe par une relation apaisée avec son voisin de l’Est. Il veut, selon ses mots, « faire quelque chose d’utile avec la Russie », et surmonter ce qu’il a appelé un peu vite une « succession de malentendus » depuis la fin de la guerre froide.

Il estime surtout que « pousser la Russie loin de l’Europe », et donc dans les bras de la Chine, est une erreur stratégique.

Il y a un énorme scepticisme dans la communauté des experts de la Russie, prompts à faire la liste, très longue, des obstacles à surmonter avant de « normaliser » les relations avec Moscou, des droits de l’homme aux bombardements aveugles en Syrie en passant par l’annexion de la Crimée.

On part de loin, car souvenons-nous que Vladimir Poutine avait soutenu Marine Le Pen en 2017, et il estimait il y a peu que « l’idée libérale est devenue obsolète ». Il y a de surcroit un paradoxe à entamer ce rapprochement au moment où Poutine réprime des manifestations pro-démocratie.

Mais on ne fera pas le mauvais procès à Emmanuel Macron d’être naïf ou d’ignorer le lourd passif du maître du Kremlin. Sa démarche se veut pragmatique, et sera très vite testée sur le conflit en Ukraine. Éteindre cet incendie à l’Est de l’Europe vaut bien de prendre quelques risques.

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