C’est un jeune Américain blanc de 17 ans qui a tué avec son fusil d’assaut deux manifestants dans les rues de Kenosha, mardi 25 août. Il avait des sympathies d’extrême droite, et ces événements se retrouvent au cœur de la campagne électorale américaine.

Une des deux victimes noires du jeune tireur blanc dans une rue de Kenosha, dans le Wisconsin, le 25 août, lors des émeutes protestant contre les tirs de la police contre un habitant noir, Jacob Blake.
Une des deux victimes noires du jeune tireur blanc dans une rue de Kenosha, dans le Wisconsin, le 25 août, lors des émeutes protestant contre les tirs de la police contre un habitant noir, Jacob Blake. © AFP / Tayfun Coskun / ANADOLU AGENCY / Anadolu Agency via AFP

L’été avait commencé à Minneapolis avec la mort de George Floyd et l’éruption de colère qu’elle avait suscité ; il s’achève à Kenosha, dans le Wisconsin, où un autre Noir, Jacob Blake, a été grièvement blessé dans le dos par des policiers blancs, là encore une scène filmée qui a relancé la vague de colère.

Mais la différence entre ces deux tragédies, ce sont deux morts au cœur des émeutes de la colère noire, deux morts par balles qui n’ont pas été le fait de la police, mais d’un jeune homme blanc âgé de 17 ans seulement, Kyle Rittenhouse. Le jeune homme était venu d’une ville voisine, armé d’un fusil d’assaut, et avait rejoint d’autres Blancs organisés en quasi-milice face aux émeutiers.

Le jeune homme au visage enfantin a été filmé quelques minutes après avoir ouvert le feu, avançant vers la police en levant les mains, son fusil d’assaut en bandoulière. Mais il n’a pas été arrêté, et ne sera interpelé que le lendemain à son domicile, et inculpé de meurtres. Les mêmes policiers qui avaient tiré sur Jacob Blake parce qu’ils pensaient qu’il avait un couteau laissent passer Kyle Rittenhouse et son fusil d’assaut, un condensé de la crise de confiance de l’Amérique.

Il est très vite apparu que le jeune homme avait des sympathies d’extrême droite, et avait lui-même posté sa photo à un meeting électoral de Donald Trump. A un peu plus de deux mois du scrutin, tout est évidemment interprété en termes électoraux.

Dans ce pays hautement polarisé, chaque camp a sa grille de lecture. Les partisans de Trump veulent protéger leur candidat et mettent l’accent sur la violence des émeutiers ; la communauté noire et les démocrates plus généralement dénoncent ce climat de violence dont l’Amérique n’arrive pas à se défaire ; et dont Joe Biden a fait l’un de ses thèmes de campagne, au nom de la compassion.

Mais ce jeune Blanc qui, à 17 ans, s’arroge le droit de tirer dans la foule, ajoute un élément dérangeant. D’abord parce que de nombreux Américains évoquent la responsabilité morale de Donald Trump.

Au cœur des violences qui avaient suivi la mort de George Floyd, le Président avait tweeté : « when the looting starts, the shooting starts », quand les pillages commencent, on commence à tirer. Une menace claire et précise, que, dans une certaine mesure, Kyle Rittenhouse a mise à exécution.

Et puis il y a la présence à la Convention républicaine, en début de semaine, de ce couple qui avait sorti ses armes et avait été filmé menaçant des manifestants à St Louis, dans le Missouri ; là encore, l’incitation à l’autodéfense est manifeste.

Depuis qu’il est à la Maison Blanche, Donald Trump cultive cette ambiguïté vis-à-vis de cette frange d’extrême droite qui a pris de l’assurance sous sa présidence. On se souvient des incidents de Charlottesville, en 2017, lorsque le Président avait renvoyé dos à dos des neo-nazis et ceux qui s’opposaient à eux.

Donald Trump se présente comme le candidat de « la loi et l’ordre »; et son vice-président, Mike Pence, martèle qu’avec Joe Biden, l’Amérique serait à feu et à sang. Deux Amériques s’opposent radicalement : c’est ce qui rend cette élection plus incertaine et plus dangereuse encore.

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