Les uns refusent l’Europe parce qu’elle ne serait pas assez sociale. D’autres parce qu’elle serait trop atlantiste et majoritairement alignée sur les Etats-Unis. D’autres encore refusent l’idée d’une Europe politique parce que son pôle de gravité serait franco-allemand et qu’elle serait, donc, à l’inverse, trop étatiste, régulatrice et antiaméricaine. Tous ceux-là se trompent car ils oublient, ce faisant, que l’Europe, celle des quinze comme, demain, celle des vingt-cinq, est faite de démocraties, que la politique de ses Etats changent au gré des élections et que le rapport de forces politique du moment n’y est ni celui de la veille ni celui du lendemain. Il suffit, pour s’en convaincre, de voir l’Espagne, plus grand des petits pays européens ou plus petit des grands – bref, une puissance européenne. Il y a deux mois encore, tous le sondages y donnaient la droite reconduite, une droite libérale, alignée sur Georges Bush et maillon fort d’un filet américain enserrant la FrancAllemagne avec la Grande-Bretagne, la Pologne et l’Italie. Dans cette configuration, Paris et Berlin restaient minoritaires en Europe mais la mauvaise foi avec laquelle le gouvernement Aznar a tenté, jusqu’au bout, de mettre les attentats du 11 septembre sur le dos d’ETA a retourné l’électorat espagnol. L’Espagne n’a pas seulement basculé à gauche. Elle a aussi rejoint la France et l’Allemagne - « le moteur de l’Europe », dit-elle maintenant, retiré ses troupes d’Irak et souhaité l’adoption du projet de Constitution européenne car « le poids du leadership, dit son nouveau Premier ministre, José Luis Zapatero, est plus important qu’une minorité de blocage ». C’est ce qu’il viendra répéter, demain, à Paris après l’avoir redit ce soir à Berlin et l’équilibre politique de l’Europe en est d’autant plus bouleversé que la coalition de Silvio Berlusconi est fragilisée, que Tony Blair a désormais lié son avenir à la Constitution européenne en annonçant qu’il la soumettrait à référendum et que la Pologne, en pleine crise gouvernementale, de distance des Etats-Unis. L’Europe d’aujourd’hui n’est plus ce qu’elle était il y a deux mois. Elle ne l’est plus, non plus, à l’inverse, parce que la France est paralysée par l’entre-deux politique du troisième gouvernement Raffarin et que cela limite sa présence sur la scène internationale. Là aussi, les électeurs ont parlé et tous ces retournements, communs en démocratie rappellent qu’on ne peut pas être ou pour contre l’Europe parce qu’elle serait, ou ne serait pas, ceci ou cela. Comme ses Etats-membres, l’Europe est une démocratie et le sera de plus en plus quand tous ses courants politiques auront compris qu’ils doivent s’y battre pour leurs idées, y obtenir une majorité au Parlement de Strasbourg et dans chacun de ses vingt-cinq pays. L’Europe, en elle-même, n’est pas plus de droite que de gauche, pas plus atlantiste que multilatéraliste, pas plus ouverte que fermée à la Turquie. Comme toute démocratie, elle sera ce que ses citoyens voudront – à la seule condition qu’ils le comprennent, cessent de s’abstenir si massivement aux élections européennes et prennent en main cette Union qui est notre avenir.

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