Ca bouge, et relativement vite. On est encore loin d’une réécriture de cette charte du Hamas qui appelle à la destruction d’Israël mais, maintenant qu’il est en charge du gouvernement palestinien, le Mouvement de la Résistance islamique est engagé dans un débat interne, et désormais public, sur les relations qu’il est bien obligé d’avoir avec l’Etat juif. « Nous nous en tenons toujours à la résistance, vient ainsi de déclarer Mahmoud Al-Zahar, son ministre des Affaires étrangères, mais à un sens large, a-t-il ajouté d’un même souffle, incluant la résistance à l’occupation et sa fin par tous les moyens nécessaires ». En clair, si les « moyens nécessaires » incluent la diplomatie, nous en passerons par là et le ministre a explicité son propos en déclarant qu’il était « possible d’envisager des négociations de paix avec Israël à condition qu’elles mènent à de réels résultats et pas seulement pour les mener ». Le même jour, hier, le vice-Premier ministre, Nasser Chaer, indiquait à l’agence Reuters qu’aucune « décision n’avait encore été prise » (mais) que plusieurs idées seraient soumises à discussions dans les prochains jours. La tonalité est la même chez le ministre des Affaires religieuses, Nayef Radjoub, qui déclare, lui que « toutes sortes de propositions sont étudiées et soupesées » et les milieux gouvernementaux palestiniens ne cachent plus que le cabinet formé par le Hamas cherche les meilleurs moyens d’ouvrir un canal de négociations avec Israël sans, d’emblée, le reconnaître. Trois voies sont explorées pour cela. La première consisterait à se rallier à l’initiative de paix par laquelle l’ensemble des pays arabes avait proposé, en 2002, de conclure la paix avec Israël en échange de la formation d’un Etat palestinien dans les frontières de 1967. La deuxième serait une reconnaissance des résolutions de l’Onu sur le conflit israélo-palestinien qui sont toutes fondées sur l’évacuation des Territoires occupés et une reconnaissance mutuelle. Quant à la troisième, elle consisterait en une adhésion du Hamas au programme de l’OLP, de l’Organisation de libération de la Palestine dont il ne fait pas partie et qui prône, elle aussi, la coexistence de deux Etats dans les frontières de 1967. Privé d’aides internationales, au bord de la banqueroute et totalement isolé, y compris dans le monde arabe, le gouvernement islamiste cherche, en un mot, à sortir de l’impasse en faisant comprendre qu’il accepterait un compromis dont il souhaiterait déléguer la négociation à d’autres, aux pays arabes ou à l’OLP, afin de s’épargner l’humiliation d’un tête-à-queue. « Double langage », disent les Israéliens mais cette voie n’est pas condamnée d’avance car c’est exactement celle que Mahmoud Abbas, Président de l’OLP et de l’Autorité palestinienne, cherche à dégager en, proposant d’ouvrir des négociations au nom de l’OLP, signataire des Accords d’Oslo, et de soumettre, ensuite leurs résultats à référendum. Il vient de réitérer cette proposition en Norvège et devrait la plaider à Paris. Elle se tient. Elle permettrait de court-circuiter le Hamas en lui sauvant la face et d’aller vite mais, si tout bouge, le plus difficile reste à faire - passer des idées aux actes.

L'équipe

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.