Il n’y a pas d’illusions à se faire. Ce n’est pas parce qu’ils ont accepté, vendredi, de rouvrir des pourparlers avec les représentants du dalaï lama que les dirigeants chinois seraient maintenant prêts à des concessions sur le Tibet. Tactique, leur objectif est clair. Ils entendent limiter les mouvements de protestation internationale qui ont suivi la répression des manifestations tibétaines du mois dernier, faire applaudir, surtout, ce geste de conciliation par les capitales occidentales qui trouveront là une bonne raison de ne pas boycotter la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques et sortir ainsi vainqueurs, honneur sauvé, d’une tourmente devenue trop coûteuse en termes d’image. Mieux encore pour la direction chinoise, le dalaï lama et son gouvernement en exil auront besoin de beaucoup d’habileté pour ne pas être mis en difficultés par ces pourparlers car Pékin a d’ores et déjà annoncé son intention de les y sommer de « cesser les activités séparatistes, les complots, la violence, la perturbation et le sabotage des Jeux olympiques afin de créer les conditions de nouveaux pourparlers ». Si les mots ont un sens, les dirigeants tibétains devraient être placés, d’emblée, devant une alternative redoutable – se désolidariser des manifestants de Lhassa avant le moindre geste chinois et se couper ainsi de leur jeunesse, déjà plus radicale qu’eux, ou bien refuser de le faire et permettre, alors, à la Chine de les dénoncer comme des fauteurs de troubles, des extrémistes portant l’entière responsabilité de cette crise et indignes d’un soutien international, diplomatique en tout cas. Fortement conseillée par les gouvernements occidentaux qui lui demandaient de les aider à ne pas se fâcher avec elle, la Chine a su faire la part du feu. Elle a cédé aux pressions pour sauver ses Jeux et n’avoir rien à concéder sur le fond. C’est, au demeurant, une marque de pragmatisme et d’intelligence politique qui est, en elle-même, rassurante mais, d’un autre côté, qui aurait imaginé, il y a encore une poignée de semaines, que le Tibet saurait se hisser à la une de tous les journaux du monde ? Qui aurait cru que, l’année même où elle consacre sa renaissance en organisant les Jeux olympiques, la Chine serait obligée de compter avec le combat des Tibétains, de prendre en compte la sympathie qu’il suscite et de rechercher un compromis avec les gouvernements occidentaux sur ce qui est, à ses yeux, une question de politique intérieure relevant de sa seule souveraineté ? Par leur courage, parce qu’ils ont su voir, dans ces Jeux, l’occasion de se faire entendre, parce qu’ils ont mis, aussi, le dalaï lama devant le fait accompli de leur audace, les jeunes Tibétains ont créé une situation nouvelle dans laquelle la Chine ne peut plus faire comme s’il n’y avait pas un problème à Lhassa. Il est, désormais, patent qu’il y en a un et, qu’elle le veuille ou non, la direction chinoise vient de mettre le doigt dans un engrenage qui la contraindra, un jour, à rechercher et trouver une voie médiane entre l’indépendance - que les Tibétains n’ont pas les moyens de lui imposer - et l’actuel faux semblant d’autonomie qu’elle ne pourra pas éternellement laissé inchangé.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.