Ce n’est pas pour rien que 73% des Américains, dont 46% de républicains, disent avoir bonne opinion de lui. En cent jours, demain, Barack Obama a déjà tenu la plupart des engagements sur lesquels il s’était fait élire, et cela dans tous les domaines. Sur le terrain économique, il a fait adopter, en moins d’un mois, un plan de relance de 787 milliards de dollars sur trois ans consacré, d’une part, à des réductions d’impôt destinées à stimuler la consommation et, de l’autre, à des investissements d’infrastructure créateurs d’emplois et facteurs de modernisation. Sur la question climatique, totalement négligée par son prédécesseur, il a fait entrer les gaz à effet de serre dans la catégorie des « dangers pour la santé publique » et ouvert ainsi la voie à une réglementation qui devrait réduire leur émission, aux Etats-Unis, de 14% en onze ans par rapport à 2005. Il a proscrit la torture qui avait été autorisée, au plus haut niveau, par l’équipe Bush. Il a entamé la fermeture de l’oubliette qu’est Guantanamo et la seule de ses promesses qui n’ait pas encore pris corps est de proposer aux 46 millions d’Américains qui n’ont pas de protection médicale une couverture à prix abordable. Fondamental, et très coûteux, le projet n’est pas abandonné. Il n’a été que retardé par des difficultés sur la nomination d’un secrétaire à la Santé. En politique étrangère, Barack Obama ne s’est pas contenté de tendre la main à l’Iran. Il a rompu avec l’habitude qu’avaient pris les Etats-Unis, depuis Bush surtout mais pas seulement, de se comporter en monarque mondial de droit divin. Il consulte, écoute, cherche le dialogue plutôt que l’épreuve de force non seulement par ce que l’Amérique n’a plus les moyens d’imposer sa volonté mais, également, parce que c’est son style, qu’il croit à la concertation et, bien sûr, à sa capacité de persuasion appuyée sur sa popularité internationale. C’est ainsi qu’il a amorcé un dégel entre son pays et la Russie ; détendu les relations avec la Syrie, Cuba et le Venezuela ; annoncé un retrait d'Irak sous 18 mois ; augmenté les effectifs en Afghanistan pour se donner les moyens d’une négociation politique et tranquillement martelé, face à un nouveau gouvernement israélien qui n’en veut pas, que la création d’un Etat palestinien était une priorité pour lui et relevait, même, de « l’intérêt national » des Etats-Unis. En cent jours, Barack Obama s’est si bien imposé aux Américains et au monde qu’il a totalement fait oublier qu’il était le premier président noir d’un pays majoritairement blanc. Il est, tout court, le président des Etats-Unis mais, après de tels débuts, pourra-t-il transformer l’essai ? Cela dépendra d’une crise économique qui a sa dynamique propre et de plusieurs gouvernements étrangers, iranien d’abord, mais la réponse est plutôt « oui » car, sur fond de récession, cette nouvelle Amérique séduit un monde en quête d’apaisement.

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