Il n’y a plus de jour où la donne ne change au Proche-Orient. Après quatre années de rupture et d’affrontements armés qui avaient conduit à une complète séparation entre Gaza et la Cisjordanie, les frères ennemis palestiniens du Hamas et du Fatah se sont soudain réconciliés hier. Sous l’égide de la nouvelle Egypte, ils sont mis d’accord pour coordonner leurs services de sécurité, désigner un gouvernement intérimaire constitué de personnalités indépendantes des deux mouvements et organiser, sous un an, des élections législatives et présidentielles dont leur conflit avait jusqu’à présent empêché la tenue. Négociée sans succès depuis le début de l’année dernière, cette réconciliation semblait ne pas pouvoir aboutir tant les divergences sont profondes entre des islamistes qui refusent la reconnaissance d’Israël et des laïcs qui ont répudié la violence et visent à la coexistence entre deux Etats mais, en dix jours, l’improbable est devenu réalité car l’histoire s’accélère dans toute la région. Côté islamistes, tout les poussait à bouger parce que le vent de la liberté souffle au Proche-Orient, que le désir de bon sens et de pragmatisme l’emporte dans les populations sur les postures idéologiques, qu’il était donc de plus en plus difficile de gouverner Gaza comme l’Iran et que le printemps arabe ébranle la Syrie, principal soutien du Hamas dont la direction politique est installée à Damas. Les islamistes pouvaient d’autant moins compter sur la perpétuation du statu-quo que, soumise au blocus israélien, la bande de Gaza s’enfonce dans la ruine pendant que la Cisjordanie est en plein boom économique. Le Hamas avait ainsi de plus en plus de mal à justifier, devant la population gazaouie, une intransigeance qui ne mène à rien alors que la modération de l’Autorité palestinienne et de son président, Mahmoud Abbas, permet aux Cisjordaniens de sortir toujours plus vite de la misère. Le Hamas était dans une impasse mais, parallèlement, le Fatah avait également besoin d’enterrer la hache de guerre parce que l’échec de ses pourparlers de paix avec Israël l’a contraint à redéfinir sa stratégie qui consiste, désormais à tenter d’obtenir, en septembre, la reconnaissance d’un Etat palestinien dans les frontières de 1967 par l’Assemblée générale de l’Onu. La réconciliation avec le Hamas va l’y aider car il sera moins difficile de plaider cette reconnaissance avec un gouvernement unique représentant les deux Palestine qu’avec deux gouvernements rivaux en conflit violent. Sur le fond, les islamistes se rallient à la nouvelle diplomatie du Fatah et la facilitent en acceptant un gouvernement technique intérimaire alors que leur participation directe à l’exécutif aurait automatiquement entraîné la suspension de l’aide américaine à l’Autorité palestinienne qui est conditionnée à la renonciation à la violence et à la reconnaissance d’Israël. Il faudra maintenant voir si cet accord tient ou avorte comme tant d’autres mais, s’il est bel et bien signé la semaine prochaine au Caire, l’assouplissement des islamistes, leur nouveau réalisme, aura permis aux Palestiniens de marcher d’un pas plus sûr encore vers la reconnaissance internationale de leur Etat.

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