Anthony Bellanger.

Détour ce matin par l'Algérie…

Pour réparer une injustice. On entend parler de l'Algérie de ce côté-ci de la Méditerranée qu'à une seule occasion : lorsque les rumeurs de décès du président Bouteflika se font plus pressantes. Ou lorsqu'il réapparaît en public.

De temps en temps, le régime algérien – les généraux algériens pour être précis – estime qu'il est temps de sortir le vieillard malade pour montrer aux Algériens et au monde que le pays est encore tenu.

Mais ce matin, je ne vais pas vous parler de Bouteflika, mais d'une campagne lancée hier par le gouvernement algérien et qui, d'une certaine façon, est aussi inquiétante que les réapparitions du président momifié : la campagne s'appelle « consommons algérien ».

Ça ressemble beaucoup au « made in France » d'Arnaud Montebourg...

C'est exactement la même idée : pousser les Algériens à acheter algérien. Quitte à leur prêter de l'argent pour le faire. Parce qu'en plus de cette campagne nationale et patriotique, le gouvernement algérien a mis en place un crédit à la consommation ciblé.

Jusqu'à présent, les Algériens n'avaient plus accès qu'à un seul type de crédit : le crédit immobilier. Ils pourront donc désormais contracter auprès de la banque d'Algérie un prêt mais uniquement pour acheter un certain nombre de produits fabriqués en Algérie.

A première vue, c'est plutôt malin : c'est de la relance par la consommation avec une touche de nationalisme. On pourrait presque s'en inspirer : après tout prêter de l'argent que l'Etat va de toute façon récupérer pour acheter national, c'est plutôt de bonne guerre.

Quel est le problème alors ?

Le problème est tout bête : l'Algérie ne produit rien ou très peu ! C'est une économie de rente – en l'occurrence la rente gazière et pétrolière qui représente 98% des revenus du pays. Une rente qui permet à l'Algérie d'importer les deux-tiers de ce qu'elle consomme.

Quand le prix du pétrole est élevé, tout va bien : un pays comme l'Algérie peut payer la facture en devises fortes rubis sur l'ongle. Mais le prix du baril a été divisé par deux. Du coup, tout importer devient insupportable.

Prenons un exemple : hormis le pétrole et le gaz, l'Algérie exporte des dattes. Une merveille gastronomique dont ils sont très fiers. Sauf qu'à y regarder de plus près, les Algériens importent plus de mayonnaise en tube qu’ils n’exportent de dattes.

Pareil pour le poisson : l'Algérie possède une façade maritime parmi les plus poissonneuses de Méditerranée et pourtant, elle importe pour 300 millions d’euros par an de sardines. Pourquoi s'embêter à pêcher alors que les Portugais le font très bien pour eux !

Que pensent les Algériens de cette campagne ?

Ils s'en amusent pour le moment. Pour les pois chiches et la semoule, les Algériens achètent algérien, ça c’est d’accord. Mais pour les vêtements et les chaussures, c'est évidemment le « made in China » ou « Made in Turkey » qui règne sans partage.

Mais surtout, ils sont inquiets les Algériens. Parce que cette soudaine campagne de nationalisme boutiquier veut dire une chose et une seule : l'argent, et surtout les devises, commencent à manquer. Et la prochaine étape, c’est la crise économique.

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