Le coronavirus avait mis fin aux grands mouvements de protestations nés en 2019, sur tous les continents. Mais depuis quelques jours, les manifestants sont de retour dans la rue, à Hong Kong ou à Beyrouth, avec ou sans distanciation sociale.

Les manifestants ont repris le chemin de la rue à Beyrouth, après l’aggravation de la crise économique. Ils ont tenté de bloquer des axes routiers, et se sont heurtés aux forces de sécurité.
Les manifestants ont repris le chemin de la rue à Beyrouth, après l’aggravation de la crise économique. Ils ont tenté de bloquer des axes routiers, et se sont heurtés aux forces de sécurité. © AFP / ANWAR AMRO / AFP

Voici en effet revenu le temps des manifestations. Depuis plusieurs semaines, le coronavirus avait comme anesthésié les protestations à travers le monde. Souvenez-vous, 2019 avait été l’année de grands mouvements de révolte, du Chili à Hong-Kong en passant par l’Algérie ou le Liban

Inégalités sociales, démocratie, citoyenneté… Les revendications étaient vastes, et ces mouvements inscrits dans la durée. Mais le coronavirus a surgi, et ces mouvements se sont progressivement éteints, soit en raison des interdictions de se regrouper, soit par peur du virus.

La pandémie sévit toujours, mais on note un réveil des protestations, parfois en tenant compte des impératifs de distanciation sociale, parfois pas.

Ainsi, dimanche, pour la première fois depuis trois mois, plusieurs centaines de jeunes manifestants hongkongais se sont retrouvés dans un centre commercial. Ils portaient tous un masque de protection, tout comme les policiers accourus sur les lieux ; ironie des temps de pandémie car l’an dernier le gouvernement avait interdit le port du masque pour pouvoir identifier les manifestants les plus violents.

Ils avaient des raisons de redescendre dans l’arène, car il y a quelques jours, la police a arrêté plusieurs personnalités de l’opposition démocratique, dont un célèbre avocat de 84 ans, Martin Lee, et un patron de presse, Jimmy Lai. Et Pékin pousse à l’adoption de nouvelles lois sécuritaires, en violation de l’autonomie prévue pour 50 ans. 

Comment manifester par temps de pandémie ? 

A Hong Kong,  les manifestants s’étaient dispersés dans les étages du Centre commercial, se tenant à quelques pas les uns des autres, donnant de la voix avec leurs slogans et leur hymne à la gloire de Hong Kong.

Ce n’était pas le cas à Beyrouth, où, là aussi, les protestations disparues pour cause de confinement ont resurgi ces derniers jours, avec l’aggravation de la crise économique et financière du pays. Des heurts ont eu lieu hier lorsque les manifestants ont voulu bloquer des axes routiers. D’autres manifestations sont annoncées, sans se soucier d’un virus jugé moins menaçant que la survie économique.

Dans ces deux cas, à Hong Kong ou au Liban, on est dans la reprise de mouvements, et de revendications, qui existaient avant la pandémie. C’est également le cas dans les cités de la région parisienne où, comme avant, tout est parti d’un incident avec la police. Dans ces situations, la pandémie n’est que la toile de fond, sans doute un facteur aggravant.

Mais ce que tout le monde redoute, ce sont des protestations, ou même des émeutes, directement liées à la pandémie 

Des émeutes de la faim ou des révoltes sociales, alors que des pénuries alimentaires sont annoncées, et que des millions de travailleurs du secteur informel ont perdu leur gagne-pain.

Là où les États ne parviendront pas à protéger leurs populations, faute de moyens ou d’organisation, il est à craindre que la peur du coronavirus n’empêche pas les révoltes du désespoir. 

2019 avait été surnommée l’année de la colère ; que dira-t-on en 2020, dans les pays où les conséquences sociales de la pandémie frapperont cruellement les plus démunis.

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