Les premières manifestations contre la mainmise des militaires dans la transition au Tchad, après la mort d’Idriss Déby, ont été durement réprimées : au moins cinq morts. La France condamne la répression après avoir semblé adouber le nouveau pouvoir.

Répression hier à N’Djaména et à Moundou (Sud) des manifestations opposées au nouveau Conseil militaire de transition installé au pouvoir après la mort d’Idriss Déby : au moins 5 morts.
Répression hier à N’Djaména et à Moundou (Sud) des manifestations opposées au nouveau Conseil militaire de transition installé au pouvoir après la mort d’Idriss Déby : au moins 5 morts. © AFP / Issouf SANOGO / AFP

Depuis la mort au front du président tchadien Idriss Déby, la semaine dernière, il manquait un acteur dans le scénario qui se jouait entre l’armée, les rebelles, la France et les pays de la région. Cet acteur, c’était le peuple tchadien, qui s’est rappelé hier au souvenir des nouveaux maîtres du pays. Mais cette irruption de la société civile a tourné au tragique, au moins cinq morts, neuf selon certaines sources, lors de manifestations réprimées à balles réelles.

Les manifestants, à N’Djaména, la capitale, et à Moundou, dans ce sud tchadien tenu bien à l’écart des jeux politiques entre ethnies du nord, s’opposaient à la confiscation du pouvoir par un Conseil militaire, présidé par le propre fils d’Idriss Déby. Ils exprimaient un double refus, de cette transition militaire contraire à la constitution, et de cette succession « monarchique » aux allures de coup d’État.

Ils ajoutaient un troisième « non », à la France cette fois, après le déplacement d’Emmanuel Macron, samedi, aux funérailles du Président défunt, et les propos qu’il a tenus, apparus comme un net soutien à la succession au profit du général Mahamat Idriss Déby. 

La position de la France est, de fait, pleine d’ambiguïté. Après avoir déclaré samedi que la France ne laisserait « personne menacer le Tchad », ce qui a été interprété comme un soutien aux nouvelles autorités, Emmanuel Macron a radicalement changé de ton hier.

S’exprimant sur le perron de l’Élysée aux côtés du Président de la RDC, Felix Tshisekedi, le Président a condamné « avec la plus grande fermeté la répression » des manifestants ; et, surtout, il a déclaré qu’il n’était pas « pour un plan de succession », semblant ainsi prendre ses distances avec le fils du Président défunt.

La France et la RDC se sont prononcées pour une « transition pacifique, démocratique et inclusive ». La présence aux côtés d’Emmanuel Macron du Président congolais évitait de donner à ces propos un aspect trop « néo-colonial ».

Ces deux déclarations en apparence contradictoires, à trois jours d’intervalle, illustrent les embarras français dans la gestion d’une crise imprévue, au cœur de la guerre complexe du Sahel, dans laquelle le Tchad joue un rôle militaire vital.

Emmanuel Macron tente de préserver la stabilité du Tchad pour lui permettre de jouer son rôle au Sahel, tout en donnant des gages de soutien à une transition démocratique, ça ressemble à la quadrature du cercle.

Cet équilibrisme, le Président l’assume dans un entretien qui vient de paraître en annexe d’un livre justement intitulé « le piège africain de Macron » (ed. Fayard), signé des journalistes Antoine Glaser et Pascal Airault. Emmanuel Macron y confie son malaise face à ce qu’il appelle les « rémanences » de la Françafrique. 

Mais il ajoute qu’il est « obligé de composer avec un système », et donne l’exemple de Paul Biya, le Président du Cameroun, accroché au pouvoir depuis 1982. « Je ne vais pas intervenir militairement pour le sortir du pouvoir », dit-il sans détour. « On va mettre dix ans à changer les choses », conclue Emmanuel Macron. 

Mais au Tchad et au Sahel, il n’a pas dix ans : le dilemme, pour la France, est aujourd’hui. 

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