L'Espagne, c'est notre voisin, c'est la quatrième économie de la zone euro, c'est 45 millions d'habitants et c'est aussi un des laboratoires politiques les plus passionnants de l'Europe unie. Or, sitôt les élections de la semaine dernière passée, l'Espagne est tombée dans un de ces trous noirs de l'information dont la France a le secret : avalée par les fêtes de Noël, les températures de ce mois de décembre, le foie gras, le Champagne et le petit Jésus. Donc comment va l'Espagne ? Commençons par un chiffre : en novembre, le nombre de chômeur en Espagne a baissé de 27 000 personnes. C'est deux fois plus qu'en France alors que, je le rappelle, la France compte 20 millions d'habitants de plus. Ce simple chiffre permet d'expliquer, en partie bien sûr, le fait qu'aux dernières élections, les conservateurs du Parti populaire sont arrivés en tête alors qu'ils gouvernent depuis quatre ans sans partage. Mais ça tout le monde s'en souvient.

La question est donc toujours : malgré leur avance, vont-ils pouvoir gouverner avec une majorité absolue ou simple au Parlement. Et, une semaine après l'élection, on connait la réponse : c'est non ! Les socialistes arrivés second ne le permettront pas : pas question de former une « Grande coalition » à l'allemande : socialistes + conservateurs + centristes de Ciudadanos. Ceci étant établi, une grande coalition à gauche est-elle possible ? Après tout, les Portugais voisins y sont parvenus. Le 4 octobre, au Portugal, la droite aussi était arrivée première pour se faire finalement voler la vedette par une coalition anti-austérité de socialistes, de communistes et de trotskistes.

Ca semble logique ! Mais ce n'est pas ce qui semble se dessiner en Espagne. Ou du moins pas pour le moment, pas encore, pas tout à fait. Les socialistes discutent avec la gauche alternative de Podemos mais Cuidadanos refuse de soutenir Podemos, et tout le monde se méfie des nationalistes régionaux. Vous n'avez rien compris ? C'est normal : personne n'y comprend rien, ni en Espagne ni ailleurs. Pour l'instant, tout le monde discute avec tout le monde et les partis espagnols ont deux mois pour le faire : une éternité en politique. En fait, une chose et une seule est à retenir. Vous vous souvenez du slogan de Clinton en 1992 ? « It's the economy, stupid ! ». On pourrait le paraphraser pour l'Espagne en « it's Calanonia, stupid ». La Catalogne, encore la Catalogne, toujours la Catalogne.

La Catalogne et sa volonté de devenir indépendante... Ou pas ! Mais au moins, sa volonté de le décider dans le cadre d'un référendum. Toutes les alliances et les coalitions à Madrid sont en fait conditionnées par la question catalane. Un exemple : les socialistes accepteraient de s'allier avec Podemos si Podemos abandonne l'idée d'organiser un référendum. Ce que Podemos ne peut et ne veut en aucun cas: c'est ce point qui lui a permis de devenir la première force en Catalogne. En bref, il y a une chose et une seule à retenir de cette semaine écoulée et des semaines à venir : Catalogne, Catalogne, Catalogne. Ceux qui parviendront à s'entendre sur ce sujet, référendum ou non, réforme constitutionnelle ou non, gouverneront. ᬀ

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