Shinzo Abe, le Premier ministre japonais, aux côtés de Barack Obama à Pearl Harbor, l'image est forte.

Shinzo Abe, le Premier ministre japonais, aux côtés de Barack Obama à Pearl Harbor, l'image est forte. Elle est même unique : jamais un premier ministre japonais ne s'était rendu sur les lieux pour rendre hommage aux victimes américaines de l'attaque du 7 décembre 1941, qui allait précipiter les deux pays dans la seconde guerre mondiale.

La question que l'on peut juste se poser, c'est pourquoi maintenant ? La réponse est très simple : parce que la Chine. Les Etats-Unis, comme le Japon, ont besoin de faire la démonstration symbolique de leur alliance indéfectible face à la montée d'un pays qui a déjà le deuxième budget militaire au monde, qui est l'alliée de la Corée du Nord (une menace explicite à quelques centaines de kilomètres des côtes japonaises), et qui veut sa revanche historique sur le Japon.

D'où l'insistance sur l'alliance américano-japonaise... Les alliances asiatiques des Etats-Unis en Asie enserrent Pékin. Il suffit de prendre une carte : les Etats-Unis sont alliés aux Philippines, à l'Indonésie, à la Corée du Sud, voire à Taïwan et se rabibochent avec le Vietnam et l'Inde. Les Chinois n'ont pas tort d'être un peu paranos ! Il y a des soldats Américains pas très loin de leurs frontières, une marine américaine qui croise non loin de leurs eaux territoriales et surveille les détroits commerciaux stratégiques de la Chine. Des Américains partout et des nations asiatiques très demandeuses, histoire de s'épargner le tête-à-tête millénaire avec leur encombrant voisin. Et au cœur de ce dispositif, il y a donc le Japon, troisième économie du monde et allié indéfectible.

Donald Trump avait dit vouloir revoir tout cela. Mais Donald Trump a dit beaucoup de choses sur le Japon. Qu'il fallait que les Japonais paient pour les bases américaines, qu'il voulait répudier le traité pacifique de libre échange, que le Japon devrait se doter d'armes nucléaires ... Beaucoup de choses qui ont inquiété les Japonais. A tel point que le lendemain même de l'élection de Trump, le parlement japonais ne trouvait rien de plus urgent que de ratifier très rapidement le fameux traité commercial trans-pacifique. Puis Shinzo Abe, le premier ministre japonais, s'est précipité à New York à la Trump Tower. Presque une humiliation pour un Shinzo Abe très à cheval sur le protocole. Après tout Trump n'est pas encore président. La suite est presque comique tant les signaux envoyés sont peu subtils. Le Japon a, par exemple, fait savoir, le 15 décembre, qu'il était devenu devant la chine le premier détenteur au monde de dette publique américaine. L'air de rien.

Le message, c'est un peu "je te tiens, tu me tiens par la barbichette." L'idée étant de montrer à Donald Trump que l'on peut certes passer des « deals » - Donald Trump adore – mais sur des questions secondaires : un peu plus d'argent pour les bases américaines au Japon, par exemple. Mais si, comme le laisse penser Trump, l'ennemi des Etats-Unis est la Chine, alors le Japon est l'ami et l'allié indispensable. Et on doit traiter ses amis avec, comment dire, égards. Les Japonais ne veulent rien d'autre et savent le faire comprendre.

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