Le Président américain a déclaré en Irak que « les États-Unis ne peuvent plus être le gendarme du monde » ; mais ce désengagement laisse la place aux appétits des puissances de l’heure, pas au droit et à la sécurité collective.

Un selfie avec Donald Trump, lors de la visite du Président américain sur une base américaine en Irak, au lendemain de Noël.
Un selfie avec Donald Trump, lors de la visite du Président américain sur une base américaine en Irak, au lendemain de Noël. © AFP / SAUL LOEB / AFP

Si comme le déclare Donald Trump, « les États-Unis ne peuvent plus être le gendarme du monde », deux questions viennent à l’esprit : le monde a-t-il besoin d’un gendarme ? Et si la réponse est oui, qui sera ce gendarme ?

Cette position de Trump n’est pas nouvelle, il l’avait affirmée dans sa campagne électorale de 2016 ; mais prononcée en Irak, au lendemain de sa brusque décision de retirer les troupes américaines de Syrie, elle prend évidemment un sens concret, pour la première fois depuis son élection. 

On se souviendra que le même Trump avait lancé une volée de missiles sur la Syrie il y a un an, après une attaque chimique, assumant alors un rôle de « gendarme » au côté des Français et des Britanniques, pour punir une violation de l’interdiction de ce type d’armements. 

Il y a donc eu une évolution notable dans l’attitude du Président américain, qui laisse désormais parler son instinct politique. Pas sûr que le monde y gagne quand Trump préfère au gendarme la loi du plus fort, c’est-à-dire, pour lui, l’Amérique.

Depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, les États-Unis sont de fait la première puissance mondiale, économique et militaire. Mais ce fut un drôle de gendarme qui suivait ses propre règles, renversant des gouvernements légaux, comme en Iran en 1953, ou au Chili en 1973, ou menant les conflits de la guerre froide, pas ceux du droit.

Ce n’est qu’après la chute du mur de Berlin, en 1989, que les États-Unis sont devenus un peu plus « gendarme », lors de la première guerre du Golfe en 1991 pour rétablir la souveraineté du Koweït occupé par l’Irak de Saddam Hussein.

Mais tous ceux qui ont crié un jour « US go home », ou les victimes vietnamiennes, ou irakiennes version 2003, de l’armée américaine auront du mal à y voir les actions d’un garant de la légalité internationale. 

Ils sont effectivement le gendarme du monde dans la mesure où ils sont les seuls à pouvoir agir sur tous les continents, mais sans la neutralité qui va théoriquement avec.

Dans l’idée d’un monde idéal, les Nations Unies ont été fondées, en 1945, pour assurer la sécurité collective, définir les lois internationales, et les faire respecter. Les rivalités de puissances ont empêché l’ONU, à quelques exceptions près, de jouer ce rôle.

Barack Obama avait amorcé un désengagement américain de ce rôle de gendarme, en particulier en 2013 lorsqu’il avait renoncé à faire respecter sa propre « ligne rouge » en Syrie. Mais Obama défendait le multilatéralisme, comme il l’a prouvé avec l’Iran, et dans son soutien au rôle de l’ONU.

Donald Trump, lui, poursuit ce désengagement ; mais, s’il continue sur cette voie, ce sera au profit d’un grand vide rempli par les ambitions des puissances de l’heure, globales ou régionales. 

Dans le nouveau déséquilibre du monde, l’absence d’un « gendarme », ou d’un « arbitre », risque fort de laisser la place à la loi de la jungle, dans laquelle on dévore - ou on est dévoré. Ca correspond finalement assez bien à la vision du monde de Donald Trump.

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