En quatre ans, les violences du Darfour – meurtres, viols et pillages – ont fait quelque 200 000 victimes et provoqué la fuite d’au moins deux millions de personnes, désormais entassées dans des camps de réfugiés. Deux fois plus étendue que le Royaume-Uni, cette région du Soudan, pays d’Afrique lui-même grand comme cinq fois la France, est ainsi devenue un enfer quotidien. C’est logiquement que le procureur de la Cour pénale internationale, premier tribunal permanent chargé, depuis 2002, de juger des crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocides, a donc demandé, hier, l’ouverture de poursuites contre deux des responsables présumés de ce bain de sang. La cour est là dans son rôle mais peut-elle faire cesser ces abominations ? Malheureusement pas car les causes de cette crise sont profondes. Au Darfour, le Soudan a fait face, en 2003, à la naissance de groupes rebelles qui reprochent à la capitale, Khartoum, de négliger le développement de leur région et voudraient obtenir plus d’autonomie, voir un droit à l’autodétermination, comme a réussi à le faire le sud chrétien à l’issue d’une longue révolte. Pour le pouvoir central, c’est l’unité du pays qui est en cause et il a, en conséquence, armé des groupes de cavaliers arabes, les Djandjawids, avant de les déchaîner contre les paysans noirs des riches terres du Darfour que ces nomades convoitent de longue date. L’une des deux personnes dans le collimateur de la CPI est un chef de ces bandes, Ali Kosheib. L’autre est un ancien secrétaire d’Etat à l’Intérieur en charge du Darfour, Ahmed Haroun. Le procureur de la Cour a braqué les projecteurs sur les liens entre les Djandjawids et le pouvoir soudanais mais Khartoum, inculpations ou pas, ne laissera pas cette province lui échapper et l’Onu, malgré la mobilisation de ses membres, ne sait que décider. Le gouvernement américain est en première ligne car les élus noirs du Congrès le pressent d’agir et que l’opinion est sensible à ce drame que dénoncent les organisations chrétiennes après avoir soutenu la révolte du Sud. Même la Chine qui a de gros intérêts pétroliers au Soudan voudrait voir cesser ces tueries car elle ne veut pas compromettre ses relations avec le reste de l’Afrique mais que faire ? Envoyer des casques bleus ? On ne parle que de cela. Sept mille hommes de l’Organisation de l’unité africaine sont déjà sur place mais l’Onu peut difficilement intervenir sans l’aval de Khartoum, ses troupes devraient être très nombreuses pour avoir une chance de rétablir l’ordre et une intervention déboucherait, surtout, sur un dilemme politique. Faudrait-il alors aider le Soudan à remettre la main sur sa province ? Favoriser une sécession ? Travailler à un compromis et, si oui, lequel ? Rien ne serait facile, toute option serait discutable et discutée. Le calvaire du Darfour est loin d’être fini.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.