Sur la façade atlantique de l'Afrique, frontalier de deux Etats en crise, Tchad et Nigeria, le Cameroun, à son tour, plonge, dans la violence. Ce n’est pas le Kenya, encore moins le Darfour, mais les émeutes qui ont gagné, hier, Yaoundé, la capitale, après avoir débuté, le week-end dernier, dans le grand port de Douala ont au moins fait sept morts – au moins car les hôpitaux ont reçu ordre de ne pas fournir de bilans. Initialement, c’est une augmentation du prix de l’essence et l’envolée des prix alimentaires qui ont jeté les gens dans la rue mais ce mouvement est, très vite, devenu politique, visant directement le chef de l’Etat, Paul Biya, au pouvoir depuis un quart de siècle et qui venait d’annoncer, il y a deux mois, son intention de modifier la Constitution afin de pouvoir briguer un nouveau mandat, en 2011. Le Cameroun a compris que son Président souhaitait devenir Président à vie. L’indignation a lentement grandi et, maintenant, elle explose, précipitée par la fermeture, vendredi, de la chaîne de télévision privée qui avait eu l’audace de diffuser des interviews d’oppositionnels s’élevant contre les plans présidentiels. D’autres villes que Douala et Yaoundé sont déjà touchées par ce mouvement désormais incontrôlé. Les concessions du pouvoir sur la hausse des carburants, quelques centimes de moins, ont plutôt attisé la colère qu’autre chose tant elles ont semblé dérisoires. Ce cocktail de revendications sociales et d’indignation politique est d’autant plus explosif que le Cameroun est un pays fragile, la seule ancienne colonie française d’Afrique noire qui ait accédé à l’indépendance dans des violences qui avaient également débuté à Douala. Souvent considérée comme une « Afrique en miniature », le Cameroun est composé de plus de cent ethnies, réparties en pas moins d’une douzaine de groupes ethno-linguistisques. Le Nord est musulman. Le Sud est chrétien. L’Ouest, autour de Douala, face à l’Atlantique, est revendicatif et syndicalisé. Comme tant de pays d’Afrique, le Cameroun est une mosaïque, un composite incertain et, si l’on ne perçoit pas, jusqu’aujourd’hui, contrairement à ce qui se passe au Kenya ou au Tchad, de tensions ethniques dans ces manifestations, le danger est là. Il est sous-jacent, menaçant, car toute la question africaine est de savoir, sur tout le continent ou presque, si le demi-siècle d’indépendance a déjà commencé de forger des nations qui seraient en train de chercher leur cohésion dans des batailles de partage du pouvoir ou si ces Etats entrent, bien au contraire, dans des processus d’éclatement que leur hétérogénéité rendrait inéluctables. C’est une question âprement débattue, aussi passionnelle que celle du multipartisme, indispensable à l’avènement de la démocratie mais porteur, en même temps, de l’affirmation de partis ethniques dont la sanglante logique est autrement pire que les dictatures.

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