Un gaulliste ? Oui, bien sûr, puisque c’est du gaullisme qu’il se réclame mais, au-delà de cette étiquette, qui est et que pense de la France, de l’Europe et du monde, l’homme qui reprend un ministère des Affaires étrangères en pleine crise et apparaît aujourd’hui comme l’homme fort de ce énième gouvernement Sarkozy ? Dans le livre qu’Alain Juppé vient de publier avec Michel Rocard, ses premiers mots sont pour dire que ce qui l’a « d’abord façonné est une enfance imprégnée d’éducation chrétienne » dont il a retenu, dit-il, qu’il sera « plus difficile à un riche d’entrer au royaume des cieux qu’à un chameau de passer par le chas d’une aiguille ». Venu d’un milieu modeste, cet homme de droite professe une vibrante hostilité à l’égard de la foi des néolibéraux en la sagesse des marchés. C’est un régulateur, un homme qui considère que l’Etat a un rôle à jouer dans l’économie et qui apprécie donc plus le Nicolas Sarkozy d’après la crise de Wall Street que celui de la campagne présidentielle avec lequel il n’avait pas d’autres affinités qu’un commun refus de la gauche. Son retour au gouvernement et la place qu’il y prend maintenant marquent, autrement dit, l’évolution d’un président qui s’est fait le champion de nouvelles régulations internationales en rompant avec son libéralisme initial mais qui ne s’est toujours pas trouvé de nouveau positionnement intérieur et continue de flotter. Désormais très écouté de Nicolas Sarkozy, Alain Juppé apparaît ainsi comme l’homme qui lui propose un retour à la dimension sociale du gaullisme. Cela ne signifie pas qu’il sera entendu. D’autres poids lourds pèsent en sens contraire mais, en politique étrangère, sur laquelle il a obtenu les mains libres, les idées d’Alain Juppé vont directement compter. Comme la gauche, le nouveau patron de la diplomatie française estime que le libre-échangisme est déséquilibré par l’extrême inégalité des coûts de production entre pays émergents et pays développés et que l’Europe doit se défendre, notamment par l’instauration d’une fiscalité verte. Comme les écologistes, il considère que la défense de la planète est une priorité absolue et a des accents militants et passionnés pour le dire. Sur l’Europe dont il est, dit-il, « tombé amoureux », il pense qu’il faut tout faire, malgré l’immensité des obstacles, pour faire progresser l’idée d’Europe politique qu’il croit voir avancer, avec la Grande-Bretagne, sur le terrain de la Défense et, avec l’Allemagne, dans le ralliement de Mme Merkel au principe d’un gouvernement économique de l’Union. Avant même le printemps arabe, cet homme qui ne croit plus guère au maintien, dans le nouveau siècle, d’une relation privilégiée entre l’Europe et les Etats-Unis, estimait que « l’enjeu essentiel » de la diplomatie française était l’émergence de « l’Eurafrique », d’une organisation des deux continents de la Méditerranée passant par celle du continent Europe autour d’un partenariat entre l’Union européenne et la Fédération de Russie. Contrairement à tant de ses prédécesseurs, Alain Juppé a une vision du monde mais, sauf à lui voir jouer un encore plus grand rôle à l’avenir, il n’a qu’un an pour la développer.

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