C’est une offensive en règle que mène la France. C’est dans une bataille rangée que sa diplomatie s’est engagée contre le régime syrien dont elle dénonce les crimes jour après jour depuis onze mois. C’est un rare crescendo et, hier, Alain Juppé, s’est rendu, devant le Conseil des droits de l’homme de l’Onu, à Genève, pour y hausser encore le ton.

Rappelant « la barbarie de la répression », « les civils massacrés, les villes bombardées, les blessés achevés dans les hôpitaux, les réfugiés sur le chemin de l’exil », le ministre français des Affaires étrangères a lancé : « Le jour viendra où les autorités civiles et militaires syriennes, en premier lieu le président Assad lui-même, devront rendre compte de leurs actes ». Il y avait une colère dans sa voix et, ce matin même, il fait plus encore.

Dans une interview à La Croix , il appelle explicitement les chrétiens de Syrie à sortir de la neutralité à laquelle la plupart d’entre eux se cantonnent par crainte qu’un gouvernement issu de la majorité sunnite ne leur soit moins favorable que le régime actuel, fondé sur la domination de la minorité alaouite. « La meilleure protection pour les chrétiens d’Orient et la véritable garantie de la pérennité de leur présence résident aujourd’hui dans l’instauration de la démocratie dans les pays arabes », leur dit-il. « En Syrie, comme ailleurs, ajoute-t-il, (leur) intérêt est d’embrasser des évolutions qui sont à la fois inéluctables et positives (car) c’est en s’engageant de manière décidée dans la construction d’une région nouvelle qu’ils protégeront leur avenir ».

Le ministre des Affaires étrangères vient, autrement dit, d’appeler la communauté chrétienne de Syrie à se détourner de ce régime, à « s’engager » pour la démocratie, si ce n’est contre Assad. Comme elle l’avait fait en Libye, la France pousse les feux du changement en Syrie mais pourquoi ?

La réponse est dans les deux adjectifs, « inéluctable » et « positif », employés par Alain Juppé. Après un trop long moment de flottement aux tout débuts du printemps arabe, la diplomatie française s’est persuadée qu’une page se tournait dans la Méditerranée musulmane, que le temps des dictatures issues de la décolonisation y était révolu, qu’une nouvelle génération y aspirait résolument à la démocratie et que cette génération prendrait inéluctablement les commandes sitôt que la simple démographie lui aurait donné le pouvoir.

Il ne s’agit plus de se demander si ces révolutions sont à regretter ou pas car la réalité est qu’elles se sont produites et se développent, considère la diplomatie française qui a donc choisi de jouer le long terme. Au-delà des incertitudes de l’instant, elle table sur une évolution turque des islamistes à l’épreuve du pouvoir, sur la marginalisation des djihadistes et sur un vrai rapprochement, surtout, entre l’Europe et le monde arabe qui passe par un soutien à sa quête de liberté et permettra, un jour, la création de cette vaste zone de coopération économique à laquelle les deux rives de la Méditerranée auraient un intérêt commun. Or cette vision, tous les partis français la partagent à l’exception du Front national. Ce n’est pas la majorité sortante mais la France qu’Alain Juppé exprime là et c’est ce qui explique sa détermination.

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