Les Etats-Unis et la France souhaitent « accélérer la transition politique » en Syrie. C’est le nouveau secrétaire d’Etat américain, John Kerry, qui en fait l’annonce, hier, à Paris et cela devrait signifier, concrètement, que les Américains vont fournir d’avantage d’aide aux zones libérées par l’insurrection – non seulement une aide humanitaire mais également des véhicules blindés, des gilets pare-balles et même des instructeurs militaires pour entraîner ces civils qui se sont faits soldats pour combattre le régime en place.

Cela ne va pas jusqu’à la fourniture d’armes dont les Occidentaux continuent de craindre qu’elles ne puissent tomber entre de mauvaises mains, mais c’est un tournant, capital puisque l’Amérique va apporter ainsi un soutien matériel et non plus seulement politique à l’insurrection. Comme le souhaitaient la France, la Turquie et les pays arabes, les Etats-Unis se rangent maintenant aux côtés des insurgés et c’est une très bonne nouvelle car la frilosité occidentale ne faisait que donner des arguments à la frange islamiste de l’insurrection qui pouvait s’en servir, contre les laïcs, pour fustiger l’Europe et l’Amérique et marteler que seule la vraie foi pourrait abattre Bachar al-Assad.

Les Etats-Unis ont maintenant compris qu’il fallait aider les démocrates syriens pour que ce ne soit pas les islamistes qui puissent, demain, se prévaloir d’avoir fait tomber la dictature. C’est dans l’après-Assad qu’investit ainsi l’Amérique mais ce n’est pour autant pas la victoire militaire de l’insurrection qu’elle joue là. Il s’agit, dit John Kerry, « d’accélérer la transition politique », c’est-à-dire de faire comprendre à la dictature qu’elle n’a plus d’autre choix que d’accepter les offres de négociation de l’insurrection et de trouver avec elle un compromis sur un retrait ordonné de Bachar al-Assad et l’organisation d’un processus électoral visant à un changement de régime.

Cette aide américaine aura pour but de faire voir et instaurer un rapport de forces dont le but est d’amener le régime à se résoudre à une solution négociée que la Russie elle-même l’appelle désormais à envisager. C’est d’une pression politique et non pas purement militaire qu’il s’agit et elle pourrait beaucoup peser puisque le pouvoir en place s’était dit prêt à des pourparlers avant même que ces déclarations de John Kerry n’officialisent l’évolution américaine.

Un mot encore sur un tout autre sujet. Stéphane Hessel est mort hier. Il n’y a rien à ajouter aux innombrables hommages qui lui ont été rendus si ce n’est que cet inlassable combattant de l’espoir et de la dignité humaine mériterait, oui, absolument, un hommage national mais une autre figure de la résistance, moins connue mais tout aussi noble, s’est éteinte le même jour.

Elle s’appelait Françoise Seligmann. Elle avait 94 ans. Elle était haute comme trois pommes, mais ce tout petit bout de femme dont je m’honore d’avoir été l’ami depuis l’adolescence avait eu le courage et l’audace d’un chef de guerre durant l’Occupation. Disciple de Pierre Mendès-France, elle était restée fidèle, jusqu’à son dernier souffle, à son exigence de justice et de fraternité. C’était une grande dame, une femme d’action, une femme d’exception.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.