Les militaires appellent cela des "gesticulations". Cela consiste à montrer ses forces et les agiter pour rappeler que l’on n’est pas dépourvu de moyens qu’on pourrait utiliser au cas où et c’est ce que la Russie a fait hier.

Cela a commencé hier avec l’occupation de bâtiments administratifs de la péninsule de Crimée par des Ukrainiens favorables à la Russie, qui se sont saisis ce matin, des aéroports de Sebastopol et de Simferopol. Cela ne se serait sans doute pas fait sans feu vert de Moscou et c’est là façon de rappeler que ce territoire historiquement russe que Khrouchtchev avait rattaché à l’Ukraine en 1954 – à une époque où les frontières intérieures à l’Union soviétique n’avaient aucune importance, qui abrite toujours la flotte militaire russe à laquelle ouvre, par le Mer noire, le détroit du Bosphore et les mers chaudes, que ce territoire russophile, largement russe et disposant aujourd’hui d’un statut de République autonome au sein de l’Ukraine pourrait, donc, sur un claquement de doigt, faire sécession et même demander son rattachement à la Fédération de Russie.

C’était un signal politique et un signal militaire a aussitôt suivi, hier encore, avec le début de manœuvres en Russie occidentale, aux frontières de l’Ukraine, bientôt suivies elles-mêmes d’une réapparition, en Russie, du président ukrainien déchu, Viktor Ianoukovitch. En fuite depuis le week-end dernier, cet homme s’est dit toujours président en titre, a demandé la protection de la Russie, l’a obtenue dans le quart d’heure et devrait donner une conférence de presse cet après-midi.

Si l’on résume ces trois messages, la Russie dispose d’appuis populaires en Ukraine, de forces armées mobilisées aux frontières de ce pays et héberge un président en exil qui pourrait demander, un jour, à la Russie de rétablir dans son pays la légalité qu’il prétend incarner. Cela fait autant d’atouts pour le Kremlin qui vient de les abattre en rafale mais est-ce que cela signifie, pour autant, que Vladimir Poutine serait prêt à envahir l’Ukraine pour en organiser la partition ?

La réponse est non. Ce n’est pas le cas, en tout cas pas aujourd’hui, car les risques régionaux et internationaux d’une telle opération seraient bien trop grands pour que la Russie les prenne à ce stade. Elle n’a fait hier que rappeler un rapport de forces pour ne pas se laisser sortir de jeu mais outre, que l’on passe vite des gesticulations aux dérapages incontrôlés, la question ukrainienne est en train de devenir en Russie une cause nationale, passionnelle et ressemblant de plus en plus à l’Alsace-Lorraine dans la France d’avant 14.

Quels que soient ses calculs propres, Vladimir Poutine est désormais poussé à la fermeté par son opinion publique et doit en faire montre sous peine de décevoir jusque dans les milieux les plus pro-occidentaux de Moscou. En retour, le sentiment anti-russe se développe en Ukraine occidentale qui n’était hostile, jusqu’à présent, qu’au régime Poutine et cette crise ukrainienne se complique ainsi de jour en jour alors même que ce n’est de l’intérêt de personne.

Il faut crever l’abcès, agir et vite, et cela demande que l’Union européenne – on ne le répétera jamais assez – mette la Russie au pied du mur en lui proposant des conversations, éventuellement secrètes, sur les moyens de stabiliser l’Ukraine, c’est-à-dire d’éviter une bien inutile crise continentale.

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