Donald Trump veut gagner des guerres

C’est maintenant précis et chiffré. Ce « plus grand effort militaire de l’histoire américaine » qu’il avait laissé prévoir vendredi en s’adressant à un forum conservateur, Donald Trump a confirmé hier qu’il le proposerait bel et bien, dès cet après-midi, lors du discours qu’il prononcera devant les deux Chambres du Congrès, le gouvernement et les juges de la Cour suprême.

Ce sera une « hausse historique », a-t-il dit aux gouverneurs des Etats et cela n’avait rien d’exagéré puisque la Maison-Blanche a fait savoir peu après que le Pentagone devrait se voir allouer 54 milliards de dollars de plus l’année prochaine, soit une progression de 9% de ses crédits, tout à fait inhabituelle, voir ahurissante, en temps de paix.

Il s’agit, a déclaré le président américain, de répondre aux menaces d’un « monde dangereux » par un budget de « sécurité nationale » et de « commencer à de nouveau gagner des guerres » car « quand j’étais jeune, a-t-il poursuivi, tout le monde disait que nous ne perdions jamais de guerre. Vous vous souvenez ? L’Amérique ne perdait jamais et, maintenant, nous ne gagnons jamais de guerre ».

C’est un effort d’autant plus étonnant que Donald Trump n’a jamais désigné d’autre adversaire militaire que Daesh contre lequel de telles sommes ne sont absolument pas nécessaires alors que le budget américain de la Défense est déjà trois fois supérieur à celui de la Chine et près de neuf fois à celui de la Russie.

Le président américain paraît surtout vouloir donner là un coup de fouet budgétaire à l’économie américaine en substituant aux investissements civils qu’il aurait eu du mal à faire accepter par un Congrès majoritairement républicain des dépenses militaires que les élus conservateurs des deux Chambres auront plus de difficultés à refuser.

Donald Trump commence à intégrer les rapports de force auxquels un président est soumis mais, au-delà de cette volonté de relance budgétaire et classiquement keynésienne qui a toujours été la sienne, quelque chose est peut-être en train de changer dans sa vision des choses.

Alors qu’il ne tarissait pas d’éloges sur Vladimir Poutine et voulait en faire un partenaire essentiel, son nouveau conseiller pour la sécurité nationale regarde la Russie comme une menace et sa représentante aux Nations Unies a fait de la restitution de la Crimée à l’Ukraine la condition d’une levée des sanctions économiques en vigueur contre Moscou. Hier honnie, l’Union européenne est soudain devenue « formidable » vendredi dernier.

Cette administration parait devenir beaucoup plus banalement conservatrice qu’elle ne l’était et, en attendant que tout cela se décante, ce sont la diplomatie américaine, l’aide aux pays les plus pauvres, les programmes internationaux et la lutte contre le réchauffement climatique qui devraient faire les frais de cette si spectaculaire augmentation des dépenses militaires.

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