Deux avions indiens ont été abattus hier au-dessus du Pakistan, dernier incident d’une escalade entre ces deux pays surarmés. Une escalade dangereuse en l’absence de toute médiation internationale pour l’instant.

Manifestation islamiste anti-indienne, mercredi 27 février à Lahore (Pakistan), après l’annonce de l’incursion aérienne indienne en territoire pakistanais.
Manifestation islamiste anti-indienne, mercredi 27 février à Lahore (Pakistan), après l’annonce de l’incursion aérienne indienne en territoire pakistanais. © AFP / ARIF ALI / AFP

C’est une crise comme le monde la redoute depuis que l’Inde et le Pakistan se sont dotés, à la fin des années 90, de l’arme nucléaire : une série d’incidents militaires meurtriers y compris deux avions indiens abattus hier, une escalade encouragée par les appels à la revanche, un double nationalisme religieux exacerbé, et des grandes puissances moins influentes qu’auparavant.

La longue frontière indo-pakistanaise a souvent été décrite comme « la plus dangereuse au monde », plus encore que celle qui divise la péninsule coréenne.

C’est un héritage de l’histoire, celle de la partition de l’Inde en 1947, qui a donné naissance, dans le sang et les larmes, au Pakistan, avec un point jamais réglé, le Cachemire en majorité musulman, toujours partagé entre une partie pakistanaise et une partie indienne, divisées par une frontière non reconnue.

Le Cachemire, selon la formule d’un écrivain originaire de la région, est « la blessure qui maintient la paranoïa et les haines de 1947 intactes pour les Pakistanais comme pour les Indiens ». 

Carte de la division du Cachemire entre l'Inde et le Pakistan, et chronologie des incidents depuis le 14 février 2019
Carte de la division du Cachemire entre l'Inde et le Pakistan, et chronologie des incidents depuis le 14 février 2019 © AFP / John SAEKI / AFP

Les deux pays se sont déjà affrontés à trois reprises, et, depuis qu’ils se sont déclarés puissances nucléaires en 1998, les moments de tension et même d’affrontements ponctuels ont été nombreux. Mais à chaque fois, ils ont été maîtrisés par des interventions diplomatiques, qui seront cette fois moins présentes avec cette administration américaine. 

Le déclencheur, le plus souvent, ce sont les actions violentes de séparatistes du Cachemire basés au Pakistan, dont l’Inde affirme qu’ils sont un instrument aux mains des militaires pakistanais. Le 14 février, une attaque d’un de ces groupes a fait 40 morts sur une base militaire indienne au Cachemire, provoquant ce cycle de représailles.

Le contexte est explosif : des élections générales ont lieu en avril et en mai à travers l’Inde, et le premier ministre Narendra Modi, un nationaliste hindou, ne peut pas se permettre d’avoir l’air trop peu ferme face à l’ennemi héréditaire. Du côté pakistanais, c’est la toute puissante armée qui a sa propre stratégie et ses propres intérêts.

A chaque crise précédente, ces deux puissances nucléaires ont, à un moment, choisi la désescalade tout en sauvant la face. Il faut bien sûr espérer qu’il en sera ainsi cette fois encore, et que la logique de guerre sera enrayée à temps.

Mais nous sommes face à deux pays surarmés : le Pakistan consacre deux fois plus à sa défense que la France en part de sa richesse nationale, tandis que l’Inde a été ces dernières années le premier importateur d’armes au monde, y compris de Rafales français. Mais il y a surtout l’arsenal nucléaire : à eux deux, l’Inde et le Pakistan ont presque autant de têtes nucléaires que la France. 

Cette poussée de fièvre montre en tous cas que cette zone d’Asie du Sud reste en permanence à deux doigts d’un engrenage fatal, d’une erreur de jugement qui ne sera peut-être pas toujours évitée.

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