Après une semaine de « réduction de la violence », Américains et talibans devraient signer samedi à Doha un accord de paix. Un processus à haut risque, dans lequel les femmes redoutent de faire les frais de la paix.

Asila Wardak (au centre), participante aux négociations avec les talibans, avec le représentant américain Zalmay Khalilzad, juillet 2019 à Doha. Les Afghanes ne veulent pas faire les frais de la paix.
Asila Wardak (au centre), participante aux négociations avec les talibans, avec le représentant américain Zalmay Khalilzad, juillet 2019 à Doha. Les Afghanes ne veulent pas faire les frais de la paix. © AFP / KARIM JAAFAR / AFP

L’Afghanistan a connu une semaine calme… Cette information banale n’a pourtant rien d’anodin, puisque c’était la condition pour que les États-Unis et les talibans afghans signent un accord de paix ce samedi à Doha, au Qatar. Il ne s’agissait pas d’un cessez-le-feu total, mais d’une « réduction de la violence », selon la formulation officielle.

Cet accord constituera un véritable tournant dans la plus longue guerre jamais menée par les États-Unis, commencée après les attentats du 11 septembre 2001, pour chasser les talibans de Kaboul, alors protecteurs d’Al Qaida et d’Oussama Ben Laden. Dix-huit ans, 2300 morts Américains et un demi-million de morts afghans plus tard, et 1000 milliards de dollars engloutis, c’est donc avec ces mêmes talibans que s’amorce la fin de cet engagement.

Ce n’est pas la fin du conflit, peut-être simplement le début de la fin, avec sa part immense de risques, et, très certainement, d’arrières pensées entre des ennemis qui se sont durement combattus ; mais cette guerre était depuis longtemps jugée ingagnable par les Américains, et il fallait trouver la sortie la moins humiliante possible.

Le texte signé par les représentants des États-Unis et du mouvement islamiste ouvre la voie à une réduction planifiée de la présence militaire américaine en Afghanistan - l’objectif numéro un de Donald Trump.

Et il doit être suivi d’une négociation directe entre Afghans, entre d’un côté les talibans et de l’autre une délégation dite « inclusive », comprenant le gouvernement de Kaboul, les autres forces politiques et la société civile afghane. 

Ca ne sera pas la partie la plus facile, d’abord parce qu’il existe de profondes divisions du coté de Kaboul, ne serait-ce qu’entre le Président afghan Ashraf Ghani et son rival malheureux de la Présidentielle dont les résultats viennent d’être proclamés, cinq mois après le vote… Mais aussi parce que les désaccords risquent d’apparaître sur le prix à payer pour la paix.

Aucun Afghan ne peut être contre l’idée de connaître enfin la paix dans ce pays martyr qui, sans remonter plus loin, vit en  guerre quasi-permanente depuis l’invasion soviétique de 1979.

En revanche, beaucoup redoutent de trop grandes concessions aux talibans pour obtenir cette paix désirée ; et on pense immédiatement au statut des femmes, citoyens inférieurs lors du passage des talibans au pouvoir ; Elles occupent désormais une place importante dans la société civile, au moins à Kaboul, et n’entendent pas la perdre.

De nombreux Afghans redoutent surtout que cette paix ne soit qu’un marché de dupes, les talibans attendant sagement le départ des Américains pour s’emparer d’un pouvoir trop faible. Ils savent que Donald Trump désire ardemment cet accord que Barack Obama n’avait pas pu conclure, et veut un début de retrait de ses soldats à temps pour sa campagne électorale. Ils savent aussi que le président américain se soucie peu de ce qui se passera après… 

Demain s’ouvre donc une nouvelle page, mais la suite n’est pas encore écrite.

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