Essayons de réfléchir ensemble. La guerre, d’un côté, reste imminente, pour deux raisons. La première est que ce rapport d’étape que les inspecteurs de l’Onu ont présenté hier au Conseil de sécurité n’absout pas Saddam Hussein. « L’Irak, est-il dit au contraire, semble ne pas avoir complètement accepté le désarmement qui lui a été réclamé ». Les Irakiens, autrement dit, ne font pas obstacle aux inspections mais refusent de s’engager dans cette coopération « active » que Jacques Chirac leur avait demandé début janvier ne font rien pour prouver, d’eux-mêmes, que les soupçons pesant sur eux seraient infondés. Les Etats-Unis n’ont ainsi pas tort de dire que Saddam continue à jouer à pas vu, pas pris, qu’il évite de bafouer ouvertement la résolution 1441 mais ne s’y conforme pour autant pas non plus. Ce constat, l’Europe le fait aussi, la Turquie et les capitales arabes également et, si cette situation durait, elle pourrait vite conduire le Conseil de sécurité à autoriser une action militaire. La menace de guerre ne s’est pas précipitée hier mais elle n’a pas reculé non plus car, seconde raison de la voir s’approcher, l’impatience américaine devient fébrile. Georges Bush sait que, plus il attend, plus il lui sera difficile de lancer ses troupes dans la bataille car, jusqu’aux Etats-Unis, le nombre des adversaires de la guerre ne cesse de croître. S’il doit agir, il ne lui faut pas attendre et il veut agir, non pas seulement pour désarmer l’Irak mais aussi, avant tout, pour installer à Bagdad un régime qui serait la vitrine des Etats-Unis dans la région, un levier de transformation politique du Proche-Orient. Il ne reste que peu de temps pour la paix mais trois raisons laissent pourtant penser que la guerre n’est pas certaine. La première est que les inspecteurs de l’Onu ne sonnent pas l’alerte rouge. A les lire, des questions se posent. Elle sont plus qu’inquiétantes. Elle ne peuvent pas rester sans réponse. Il faut savoir si l’Irak dispose ou non du gaz neurotoxique VX, « l’un des plus toxiques jamais développés », écrivent-ils. Il faut savoir quelles quantités de bacilles du charbon les Irakiens ont produit et ce qu’elles sont devenues. Il faut savoir pourquoi l’Irak a importé 300 moteurs susceptibles d’augmenter la portée de ses missiles. Il faut savoir si l’Irak a ou non importé du plutonium qui lui permettrait, un jour, de se doter de la bombe mais « aucune activité nucléaire prohibée n’a été identifiée », constatent les inspecteurs et aucune des questions qu’ils posent n’obligent à précipiter une guerre. Autant il ne faut pas relâcher la pression, autant il ne faut pas paniquer. C’est ce que pensent, aussi, les Européens qui ajoutent que tant que les inspections se poursuivent, l’Irak ne peut rien faire d’inquiétant. Deuxième raison de croire encore à la paix, les Européens, Grande-Bretagne comprise, ont donc appelé, hier, à laisser les inspecteurs inspecter. Cela donne quelques semaines à Saddam pour comprendre qu’il pourrait sauver son régime et sa vie en répondant aux questions qui lui sont posées. Or, troisième raison d’espérer, Saddam Hussein n’est ni Salvadore Allende ni Che Guevara. Ni héros ni idéaliste, ce n’est qu’un dictateur sanguinaire, une brute dont la seule cause est le pouvoir.

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