L’Onu revient en Irak et pourrait bien y reprendre la main. Elle y revient à la demande des Etats-Unis qui avaient besoin d’elle, de la légitimité internationale qu’elle incarne, car les chiites, soixante pour cent de la population irakienne, menacent, depuis un mois, d’entrer en rébellion, de plonger, autrement dit, tout le pays dans un incontrôlable chaos. Conduit par leur chef religieux, l’ayatollah Sistani, les chiites exigent que l’Assemblée dont procédera le gouvernement provisoire auquel les Etats-Unis remettront les commandes de l’Irak à la fin de ce semestre soit non pas désignée par des instances que les Américains contrôlent mais démocratiquement élue, au suffrage universel, un homme, une voix. L’ayatollah Sistani n’entend pas céder là-dessus car c’est ce gouvernement provisoire qui doit ensuite élaborer la nouvelle constitution irakienne, la soumettre à référendum, organiser des élections en 2005 – bref, jeter les bases de l’Irak de demain dans lequel les chiites comptent bien peser du poids de leur majorité. C’est logique, légitime, mais cette exigence a mis les Etats-Unis dos au mur. S’ils refusent, les chiites sortent de la neutralité qu’ils observent depuis l’intervention américaine et Georges Bush va à l’élection présidentielle sur fond d’insurrection irakienne. Les Etats-Unis peuvent d’autant moins risquer cette épreuve de force qu’ils la perdraient mais ils ne peuvent pas non plus accepter la revendication chiite. Ils ne le peuvent pas car ils ne croient pas que des élections puissent être organisées si vite et craignent, surtout, non seulement d’installer un régime religieux en Irak mais aussi d’y susciter une véritable révolte des Sunnites et des Kurdes qui ne veulent pas que le pouvoir revienne aux chiites. Quoi qu’ils fassent, ou ne fassent pas, les Etats-Unis sont aujourd’hui face à un problème infiniment plus difficile que l’insécurité quotidienne. C’est pour cela qu’ils se sont tournés vers Kofi Annan, la semaine dernière. En compagnie du Conseil de gouvernement irakien, ils sont allés lui demander, à New York, au siège des Nations-Unies, d’envoyer une mission technique à Bagdad pour évaluer les possibilités d’organiser le scrutin demandé par l’ayatollah Sistani. Leur idée était que l’Onu constate la réalité, qu’elle dise qu’il ne serait effectivement pas facile d’organiser à si bref délai des élections parfaitement régulières. Les Etats-Unis voulaient que ce soit ainsi les Nations-Unies et non pas eux qui disent « non » aux chiites et proposent un compromis. Après huit jours de consultations, Kofi Annan a annoncé, hier, à Paris, à l’issue d’un déjeuner avec Jacques Chirac, qu’il relevait le défi. Une mission de l’Onu va partir à Bagdad mais, comme le secrétaire-général l’explique dans l’interview que Stéphane Paoli diffusera tout à l’heure, à 8h20, les Nations-Unies ne se contenteront pas de donner un avis technique. Ses experts vont consulter toutes les forces irakiennes et chercher à dégager un consensus. S’ils n’y parviennent pas, ce sera aux Américains de prendre leurs responsabilités. S’ils y arrivent au contraire, c’est l’Onu qui définira les étapes de la transition irakienne, qui reprendra la situation en mains. Dans les deux hypothèse, cette crise entre dans une nouvelle phase.

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