La République fédérale vient conforter Olivier Besancenot. Le jour même où il créait, en France, son parti anticapitaliste, un nouveau parti allemand, Die Linke, « La Gauche », très semblable à celui dont il rêve, marquait de vrais points aux élections de Hesse et de Basse Saxe. Composée d’anciens communistes réformateurs d’Allemagne de l’Est, de syndicalistes et de transfuges de l’aile gauche de la social-démocratie, Die Linke a obtenu plus de 5% des voix dans le land de Hesse, franchissant ainsi le seuil qui lui permettra de siéger au parlement régional, le Landtag, tout comme en Basse-Saxe où il a fait encore mieux, 7% des suffrages. Avec des sondages le créditant de résultats similaires aux élections de Hambourg, le 24 février, et de 10% des voix, surtout, pour les élections fédérales de 2009, Die Linke tend déjà à faire jeu égal, voire supérieur, avec les Verts et les libéraux du FDP. Il n’y a plus deux, mais trois partis charnières. La constitution de majorités et de coalitions gouvernementales en est compliquée. C’est tout le paysage politique allemand qui en est virtuellement modifié. Avec des élections l’année prochaine et de forts tiraillements, au sein de la coalition gouvernementale, entre démocrates chrétiens et sociaux-démocrates, tout se complique, d’ores et déjà, pour Angela Merkel. Son parti, la CDU, recule de douze points en Hesse, et de quelques six en Basse-Saxe alors que, si la social-démocratie, le SPD, recule de trois points en Basse-Saxe c’est au profit de Die Linke, et qu’elle en gagne près de huit en Hesse. Ces scrutins marquent une claire poussée à gauche. Kurt Beck, le leader du SPD, y puisera de nouveaux arguments en faveur du virage social qu'il a déjà fait prendre à son parti. Vent en poupe et sommés de se gauchir par la percée de Die Linke, les sociaux-démocrates vont mener la vie plus dure à la chancelière. La coalition va tanguer, se maintenir mais dans les difficultés, et cela d’autant plus qu’Angela Merkel a, désormais, des choix délicats à faire sans son propre parti. En Basse-Saxe, l’alerte n’est que légère pour les démocrates chrétiens car ils sont conduits, là-bas, par une personnalité modérée, plutôt centriste. En Hesse, en revanche, les électeurs ont durement sanctionné la campagne sécuritaire et xénophobe du ministre-président sortant, Roland Koch. La chancelière devrait donc opter pour un recentrage de la CDU. C’est sa pente naturelle mais, avec une dure bataille à venir entre les deux ailes de la démocratie chrétienne, Angela Merkel est maintenant dans la ligne de ligne de mire à la fois du SPD et des courants rivaux de la droite. Le deuxième enseignement de ces votes est que les frontières politiques traditionnelles, en Allemagne comme dans toute l’Europe, correspondent de moins en moins aux vraies configurations de l’électorat. Troisième constat, enfin, après l’affaiblissement du gouvernement britannique, la confusion italienne et les questions montantes en France, ces résultats allemands ne vont pas améliorer le pilotage de l’Europe

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