A l’aune de Bush, tout allait bien. A cette aune là, il y avait pléthore de dirigeants européens à la hauteur de leur tâche, bon niveau politique et taux de popularité satisfaisant mais, en trois mois, tout a changé. Entre la crise économique qui les met à l’épreuve et la comparaison avec ce nouveau président américain, jeune, beau, tellement actif et, partout, si populaire, les chefs d’Etat et de gouvernement européens ont comme pâli. Tous n’en sont pas, comme dans l’Islande en faillite, à devoir organiser des élections anticipées, à la hâte et sous la pression populaire. Ce n’est pas le vide mais, à l’aune Obama, l’hier si fringant président du gouvernement espagnol, José Luis Zapatero, paraît soudain bien fragile face à une crise immobilière qui met tous les indicateurs au rouge ; Silvio Berlusconi devient plus gênant que jamais avec ses plaisanteries toujours plus grasses et Costas Caramanlis, le Premier ministre grec, ne parvient décidément pas à apaiser le mécontentement social et calmer la fronde de sa jeunesse. Au sud, ça ne va pas fort. A l’est non plus, sauf en Pologne. Au nord, personne ne se détache vraiment et, au cœur de l’Union, dans les trois pays qui la domine de leur puissance, la situation est au moins contrastée. En Grande-Bretagne, Gordon Brown n’en finit plus de perdre pied dans les sondages – dix points de moins, désormais, que l’opposition conservatrice – parce que la financiarisation de l’économie britannique l’a très mal placée face à la crise, que la Livre s’est dévaluée, que les banques continuent de vaciller, que le chômage est à son plus haut niveau depuis dix ans et que le Premier ministre, ancien ministre de Finances de Tony Blair, ne peut pas se dire étranger à cette débâcle. En Allemagne, Angela Merkel n’est pas qu’empêtrée dans un gouvernement de coalition qui se divise toujours plus à l’approche des élections de septembre. Elle n’a pas bien passé, non plus, le test de la crise dont elle s’est trop longtemps cru à l’abri et son aura s’en ressent, en Allemagne comme dans le reste de l’Union. Pour ce qui est, enfin, du président français, « le jury délibère », comme on dit aux Etats-Unis. Malgré la crise, les sondages sont plutôt bons pour ce libéral devenu régulateur. Toujours sur la brèche, sans doute trop, il semble immunisé contre la fatigue et le doute. De la Géorgie à Gaza en passant par le G-20, il a montré une intelligence des crises. Nicolas Sarkozy s’est imposé sur les scènes européenne et internationale et, parallèlement, sur la scène intérieure, le taux d’épargne et l’importance du secteur public jouent, en France, un rôle d’amortisseur des difficultés qui montent, comme partout. En Europe, Nicolas Sarkozy est, aujourd’hui, en tête du peloton des dirigeants. Cela fait de lui l’interlocuteur naturel de Barack Obama qui aura besoin du soutien de l’Union mais, si la France est un pays d’épargne où les emplois protégés sont nombreux, elle a aussi une tradition de révoltes sociales dont rien ne dit qu’elle soit perdue et qui donne toute son importance à la grève de demain. Le jury délibère.

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