C’est un mouvement ascendant et qui croit en lui-même. Importants, déterminés, mêlant ouvriers, employés, étudiants et jeunes chômeurs, de nouveaux rassemblements se sont formés, hier, en Egypte et, depuis deux jours, les appels à descendre dans la rue, ce vendredi, se sont multipliés sur internet. C’est un mouvement qui ne recule pas et, si la contestation prend une nouvelle ampleur aujourd’hui, la question de la pérennité du régime sera posée. Elle le sera parce que tout le monde arabe frémit depuis le soulèvement tunisien, que cette contagion a touché, hier, le Yémen, que le président égyptien est âgé et malade, que la Bourse du Caire s’écroule, que 60% des Egyptiens et 90% des chômeurs ont moins de 30 ans et que l’Egypte est, parallèlement, en pleine révolution technologique. Plus des trois quarts de ses 80 millions d’habitants ont un téléphone portable, plus d’un sur cinq est connecté à internet. Misérable mais en croissance économique, l’Egypte vit entre trois siècles, un pied dans le 19ième, l’autre dans le 21ième et une tête, le pouvoir, datant de bien avant cette du fin 20ième qu’aura été la fin de la Guerre froide. Ces contradictions sont autant de fractures et si grosses de bouleversements politiques qu’un homme aussi pondéré que Mohammed ElBaradei, ancien président de l’Agence internationale pour l’énergie atomique, Prix Nobel de la paix et opposant de longue date rentré hier soir au Caire, se propose déjà pour « mener une transition ordonnée et pacifique » débouchant sur des élections libres. On n’en est pas encore là. La répression peut canaliser ce mouvement. Beaucoup dépendra de la journée d’aujourd’hui mais il est d’ores et déjà devenu difficilement imaginable qu’Hosni Moubarak, 82 ans, puisse se représenter à la présidentielle de septembre prochain ou, moins encore, y présenter son fils. Une nouvelle page s’est ouverte en Egypte mais, que cette révolution reste rampante ou se précipite, quelles sont les forces en présence ? Contrairement à leurs cousins tunisiens, les islamistes égyptiens ont un grand poids politique. Les Frères musulmans, leur mouvement, sont présents et implantés dans tout le pays. A chaque fois que ce pouvoir leur a laissé la possibilité de se présenter à des élections locales ou parlementaires, ils ont remporté des sièges mais, comme en Tunisie, ils ont raté ce tournant. Même si beaucoup de leurs jeunes militants se sont retrouvés dans les manifestations, ce ne sont pas les Frères qui les ont organisées mais une organisation de jeunes démocrates, le Mouvement du 6 avril, qui s’était formée, grâce à internet, en solidarité avec les émeutes ouvrières qui avaient éclaté dans le delta du Nil le 6 avril 2008. Ce sont les slogans de ce mouvement – la liberté, la dignité, le départ de Moubarak – qui dominent les manifestations et l’autre force en présence est le cartel formé par Mohammed ElBaradei, l’Association nationale pour le changement, où sont représentées toutes les oppositions, y compris les Frères qui jouent la carte de la démocratie. Et puis, enfin, il y a l’armée. On ne sait rien de ce qui s’y passe mais il serait étonnant qu’elle n’ait pas été sensible au prestige national que s’est acquis l’armée tunisienne en refusant de tirer sur les manifestants. Il n’y a pas que le pouvoir et les islamistes.

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