En mer de Chine méridionale, l’archipel des Spratleys est un territoire extrêmement contesté. Le Vietnam, les Philippines, la Malaisie, Brunei, la Chine populaire et Taiwan le revendiquent tous et cela fait de ces îlots désertiques un baril de poudres dans une Asie aux multiples rivalités et tensions.

Les Spratleys sont donc à manier avec précaution mais voilà que le président sortant de Taiwan, encore en fonctions pour plus de trois mois après avoir perdu la présidentielle du 16 janvier dernier, a soudain décidé de se rendre aujourd’hui sur la principale île de l’archipel, Taiping, pour y affirmer la souveraineté de son pays. C’est totalement inattendu, très surprenant même, car cet homme incarnait une politique de rapprochement avec la Chine qui a lui a valu sa défaite au profit d’une adversaire beaucoup plus méfiante vis-à-vis de Pékin.

C’est un peu comme si ce perdant pensait à la prochaine présidentielle, comme s’il avait voulu montrer qu’il n’était pas aussi intimidé qu’on le dit par l’immense Chine populaire aux yeux de laquelle la petite République de Chine, Taiwan, n’est qu’une de ses provinces bien qu’elle vive sa vie, aujourd’hui prospère et démocratique, depuis que les nationalistes chinois y ont trouvé refuge après la victoire communiste à Pékin.

Les relations entre les deux Chine sont l’un des problèmes les plus explosifs de la région. Les résultats de l’élection du 16 janvier n’avaient rien arrangé et cette surenchère du président sortant aggrave encore la situation puisque, taiwanaise pour Taiwan, cette île de Taiping est chinoise pour la Chine, comme l’ensemble des Spratleys.

Difficile de dire où cela peut mener mais, gratuit et risqué, ce défi est assez inquiétant pour que les Etats-Unis l’aient très vivement déploré en jugeant qu’il ne « contribuait pas à la résolution pacifique des différents en mer de Chine ».

Ce ne sera sans doute pas la guerre mais on voit bien à la réaction américaine à quel point l’Asie est instable.

Au cœur de ce continent dont les rapports de force ne sont pas plus établis que ceux de l’Europe des siècles passés, la Chine sort de trois décennies de croissance exponentielle. Ses difficultés vont aller s’aggravant. Sa stabilité politique peut en être menacée et la crainte de ses voisins est que le nationalisme ne devienne alors la seule carte de ses dirigeants.

La Chine fait peur à ceux qui l’entourent parce que sa puissance militaire est immense et qu’elle en abuse à Hong Kong. C’est ce qui explique le changement de majorité à Taiwan et cette nervosité montante s’ajoute à la rivalité sino-indienne, aux tensions entre l’Inde et le Pakistan dont la Chine est l’alliée, aux provocations nord-coréennes et aux concurrences économiques que l’augmentation des salaires chinois suscite en détournant l’emploi vers le Vietnam et d’autres pays. En lui-même, l’incident des Spratleys n’est rien mais l’Asie n’est pas l’endroit où jouer avec le feu.

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