Emmanuel Macron est en visite officielle en Egypte, pays où les droits de l'homme sont bafoués. Contrairement à 2017, le Président français entend évoquer cette question ouvertement, sans pour autant renoncer à des relations intenses avec ce pays. Une voie étroite qui ne convaincra que si elle produit des résultats.

Emmanuel Macron au temple d'Abou Simbel dimanche 27 janvier, première étape de sa visite en Egypte
Emmanuel Macron au temple d'Abou Simbel dimanche 27 janvier, première étape de sa visite en Egypte © AFP / Ludovic MARIN / AFP

Comment la France doit-elle se comporter avec un pays comme l'Egypte, dont le bilan sur le plan du respect des droits de l'homme est carrément désastreux ? Emmanuel Macron est confronté depuis dimanche à cette question qui se pose à chaque président, sans qu'aucun n'ait jamais trouvé le bon équilibre entre indifférence et ingérence, entre intérêts et défense des valeurs.

En octobre 2017, Emmanuel Macron avait choqué en déclarant, lors d'une visite à Paris du Président égyptien Abdel-Fattah Al-Sissi, qu'il n'entendait pas « donner de leçons » à l'Egypte, et s'était donc abstenu de tout commentaire public sur l'état des droits de l'homme dans ce pays. Quinze mois plus tard, la doctrine a changé, ne serait-ce que, comme le reconnaît le Président français, la situation des droits de l'homme s'est considérablement détériorée dans le pays. Des dizaines de milliers de prisonniers politiques, Frères musulmans, mais pas seulement : toute la société civile est visée, journalistes, intellectuels, militants associatifs, homosexuels.

Emmanuel Macron arrive donc au Caire décidé à évoquer publiquement cette question sensible, dans un pays avec lequel la France a une relation ancienne et importante, qui est un gros client de l'industrie de défense française, et avec lequel Paris espère développer les échanges commerciaux et les gros contrats comme l'extension du métro du Caire.

Le Président français a hésité à venir, il a même failli annuler sa visite, avant de s'en expliquer ouvertement avec son homologue égyptien au téléphone. La France défend des cas individuels, avec l'espoir que certains soient libérés dans la foulée de la visite officielle pour sauver la face d'une souveraineté nationale sourcilleuse; il conteste aussi la loi sur les ONG jugée trop restrictive.

Devant les journalistes français dimanche soir, Emmanuel Macron a souligné que la perception de la société égyptienne était que la situation est aujourd'hui plus dure que sous le régime de Moubarak, tombé il y a huit ans sous les coups de la révolution de la place Tahrir. « C'est paradoxal et néfaste pour le pays lui-même et pour sa stabilité », a déclaré le Président.

Ce changement de ton s'accompagne de contacts avec la société civile égyptienne en marge de la visite, un contraste avec la fin de non-recevoir d'octobre 2017.

Emmanuel Macron refuse de renoncer aux relations étroites avec l'Egypte, y compris militaires, car dit-il, nous y serions remplacés par la Russie et la Chine ce qui n'améliorerait assurément pas le sort des Egyptiens. Et la France a besoin du Caire sur les dossiers stratégiques comme la situation en Libye voisine.

Alors la voie étroite qui consiste à parler plus fort sur les droits de l'homme tout en poursuivant une relation d'État à État intense, est-elle juste un habillage, ou le maximum qui puisse être fait dans ce monde compétitif et sans gouvernance globale ? Emmanuel Macron sait bien qu'il sera jugé aux résultats. Faute de quoi, il n'aura fait que reproduire le schéma de l'ère Moubarak, et on sait comment ça s'est terminé.

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