Les critiques pleuvent sur le maire de Wuhan, qui s'est excusé d'avoir retardé l’information sur les débuts de l’épidémie car il devait attendre le feu vert des instances supérieures. Pékin gère désormais la crise sanitaire et politique en direct.

Le Premier ministre chinois Li Keqiang, a effectué lundi 27 janvier une visite très médiatisée à l’hôpital Jinyintan de Wuhan, auprès des personnels médicaux engagés dans la lutte contre l’épidémie de coronavirus.
Le Premier ministre chinois Li Keqiang, a effectué lundi 27 janvier une visite très médiatisée à l’hôpital Jinyintan de Wuhan, auprès des personnels médicaux engagés dans la lutte contre l’épidémie de coronavirus. © AFP / Li Tao / XINHUA

Le maire de Wuhan, Zhou Xianwang, est devenu le coupable idéal de la catastrophe du coronavirus qui affecte désormais toutes les provinces chinoises et a un coût humain et économique considérable.

Dans une interview à la télévision chinoise, M. Zhou s'est excusé du fait que les informations n’ont pas été données à temps ; car, a-t-il dit, il lui fallait l’autorisation des échelons supérieurs avant de les rendre publiques. Les épidémies entrent dans le domaine du secret d’État et les informations doivent être validées plus haut.

De fait, les autorités chinoises ont pris conscience à la mi-décembre de l’existence d’un virus non identifié affectant un nombre significatif de patients. Mais l’alerte publique n’a été donnée qu’un mois plus tard, non sans avoir fait arrêter huit personnes pour propagation de rumeurs. 

Entretemps, cinq millions d’habitants de Wuhan ont quitté la mégapole du centre de la Chine, pour les grandes migrations du nouvel an chinois. Ce sont ces voyageurs qui ont transporté le virus dans le reste de la Chine et à l’étranger. Si les mesures avaient été prises plus tôt, les six millions d'habitant restant dans la ville auraient peut-être pu échapper au confinement, en tous cas c'est ce qu'ils pensent.

Cette tragédie montre que si le régime a tiré les leçons de l’épidémie de SRAS en 2003 et réagi plus vite, il reste les pesanteurs d’un système bureaucratique et autoritaire, loin de l’image de modernité technologique qu’il met en avant. 

Comme toujours en Chine, quand il y a des critiques, elles s’adressent au niveau local, pas national et encore moins au numéro un, Xi Jinping, intouchable. Ou en tous cas, s’il y en a, elles survivent moins longtemps sur l’internet chinois sous contrôle.

Mais il y a un important contraste entre les mesures draconiennes prises par le gouvernement central, et la gestion chaotique au niveau local. Ce qui permet à Pékin de se présenter en sauveur du pays frappé par un désastre, sans prendre sa part de responsabilité.

Sur l’internet chinois, malgré la censure, beaucoup de critiques circulent pourtant, contre le maire, sur les hôpitaux de Wuhan débordés en attendant la construction des nouvelles unités ; sur les difficultés d’approvisionnement ; ou sur la confusion des informations. Elles montrent que parallèlement à l’aspect médical et humain, il y a aussi un enjeu politique.

C’est le premier ministre, Li Keqiang, numéro deux de la hiérarchie communiste, qui a été chargé de gérer cette crise : il s’est rendu sur place à Wuhan, une visite très médiatisée au cœur du danger, portant un simple masque de protection.

Cette montée au « front » n’est pas sans rappeler la visite que son prédécesseur, Wen Jiabao, avait effectuée en 2008 sur le site du séisme meurtrier du Sichuan, un geste compassionnel qui marquait un style nouveau.

Les dirigeants chinois ont été alertées ces derniers jours par les références à Tchernobyl sur les réseaux sociaux, au point que l’entrée de la série télévisée sur la catastrophe soviétique a été retirée d’un site spécialisé. Un vrai débat avait démarré, avec d’inévitables parallèles sur le mensonge d’État et les failles du système. 

C’est le genre d’alerte que l’on prend très au sérieux à Pékin ; elle montre que le pouvoir central n’a plus le droit à l’erreur. 

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