Le dirigeant malien Bah N’Daw était hier à Paris pour préparer le sommet du « G5 Sahel » le mois prochain. Paris a besoin de montrer à l’opinion française que l’intervention militaire au Sahel est légitime et efficace.

Le président de la transition malienne, l’ex-colonel Bah N’Daw, était hier à l’Elysée pour des entretiens avec Emmanuel Macron à quelques jours du Sommet du « G5 Sahel » à N’Djaména.
Le président de la transition malienne, l’ex-colonel Bah N’Daw, était hier à l’Elysée pour des entretiens avec Emmanuel Macron à quelques jours du Sommet du « G5 Sahel » à N’Djaména. © AFP / Ludovic MARIN / AFP

Jusqu’à mardi, il aurait été très difficile pour un dirigeant malien issu du coup d’État de l’été dernier d’être reçu à Paris. Il a suffi d’un simple décret, mardi soir, annonçant la dissolution de la junte militaire de Bamako, sans pour autant transformer la réalité du pouvoir, pour que tout change.

Hier, le Président de la transition malienne, l’ex-colonel Bah N’Daw, était ainsi invité à déjeuner par Emmanuel Macron à l’Élysée ; premier contact direct qui a son importance. Il faut dire qu’il y a urgence : dans à peine deux semaines, le Président français retrouve à N’Djamena, la capitale tchadienne, ses homologues du « G5 Sahel », les cinq pays qui constituent la zone immense dans laquelle la France est en guerre contre les groupes djihadistes.

A ce sommet, comme à celui de Pau début 2020, Emmanuel Macron posera la question de confiance : souhaitez-vous que la France poursuive son action militaire ? La réponse sera, comme l’an dernier, positive, car la menace sur ces États n’a pas faibli, au contraire, malgré les communiqués victorieux des états-majors.

Mais il y a des clarifications nécessaires, et c’est l’objet des discussions actuelles, la semaine dernière avec le président tchadien, hier avec le dirigeant malien.

Il y a plusieurs guerres en une, en réalité. La vraie, la militaire ; mais aussi celle de l’opinion en France ; celle de l’Europe que Paris tente d’amener sur le terrain sahélien ; et enfin celle de la gouvernance des pays concernés, tout aussi cruciale.

Le sentiment d’urgence est venu de l’opinion française, qui, pour la première fois dans un sondage la semaine dernière, s’est exprimée à 51% en faveur d’un retrait français du Mali. Le contrecoup d’une série noire pour les militaires de l’opération Barkhane, avec cinq morts dans deux explosions d’engins improvisés.

Au gouvernement, on est bien conscient que le message selon lequel la sécurité de la France se joue au Mali passe plus difficilement que lors des opérations contre Daech en Syrie, après le Bataclan. Pour convaincre l’opinion, il faut des résultats ; le sentiment que l’armée française n’est pas enlisée, ou condamnée à rester éternellement pour une guerre ingagnable.

La véritable réussite de cette intervention, qui dure depuis déjà huit ans, serait de voir les armées africaines prendre le relais de la France. C’est encore loin d’être le cas, et pas seulement par manque de formation ou d’équipement.

Tout le monde sait qu’une guerre de ce type ne se gagne pas, ou pas seulement, par des voies militaires. A Paris, on n’hésite plus à dire que le gouvernement malien renversé par l’armée l’an dernier était tout sauf inclusif avec les populations du centre et du nord du pays, l’une des causes de la croissance des groupes djihadistes.

Le sommet de Pau avait marqué une dramatisation des enjeux que celui de N’Djamena devrait renouveler. La France pourrait annoncer à cette occasion un allègement du dispositif, avec le rapatriement d’environ 600 soldats sur les plus de 5000 déployés actuellement. Mais ça ne changera pas le fait que l’armée française est au Sahel pour encore longtemps, sans garantie de succès tant que les États de la région ne s’en donnent pas les moyens, militairement et surtout politiquement.

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