Les Européens perdent du temps, un temps précieux pour le Proche-Orient. Plutôt que de se polariser sur ce que Georges Bush n’a pas dit mais sous-entendu dans son discours de lundi, ils feraient mieux de construire, car ils le pourraient, sur ce que le Président américain a bel et bien dit. Lundi, Georges Bush a très clairement déclaré qu’un règlement de la crise proche-orientale devait passer par la coexistence d’Israël et d’un Etat palestinien le long des frontières de 1967, que la construction d’implantations israéliennes dans les Territoires occupés devait cesser et qu’il fallait trouver des compromis sur Jérusalem et les réfugiés. Sur tous ces points, le Président américain s’est ainsi inscrit en faux contre Ariel Sharon et la droite israélienne qui n’envisagent pas de négocier quoi que ce soit sur Jérusalem et les réfugiés, refusent toute idée de retour aux frontières de 1967, ne veulent pas mettre terme au développement des colonies et n’accepteraient, un jour, la création d’un Etat palestinien que morcelé sur des territoires réduits à une peau de chagrin. Non seulement Georges Bush s’est totalement distancé lundi de la paix telle que la conçoit Ariel Sharon mais il a solennellement repris à son compte la conception que s’en font la gauche israélienne, l’ensemble des Européens, la Russie et les Etats arabes aussi, depuis qu’ils ont fait leur, au printemps dernier, les propositions saoudiennes de reconnaissance d’Israël par le monde arabe en échange de la création d’un Etat palestinien sur les Territoires occupés en 1967. Sur le fond des choses, sur ce que doit être la paix, ce discours de Georges Bush a achevé d’isoler Ariel Sharon. C’est cela qui s’est passé lundi mais après avoir semblé le comprendre, les dirigeants européens s’acharnent maintenant à souligner ce qui les sépare de Georges Bush et non pas ce qui vient de les en rapprocher. La divergence, c’est évidemment Arafat. L’un après l’autre, Tony Blair compris, tous les dirigeants européens répètent, depuis mardi, que Yasser Arafat est l’élu des Palestiniens et que personne d’autre qu’eux ne pourrait lui choisir un successeur. Ils ont évidemment raison, totalement raison mais pourquoi faire de ce rappel une divergence alors que Georges Bush n’a jamais dit le contraire ? Tout, dans son discours, hurlait une répulsion qu’il n’a jamais cachée pour un homme qu’il considère lié au terrorisme mais Georges Bush non seulement n’a jamais prononcé le nom d’Arafat mais jamais dit non plus que les Palestiniens devraient changer de « leader ». Il a demandé que les Palestiniens changent de « leadership », en français de direction, et que cela se fasse à travers des élections. On voyait bien où allaient ses souhaits et le gage qu’il donnait à Ariel Sharon avant de lui dire qu’il devait, lui, changer de politique, mais, concrètement parlant, que pourraient faire les Etats-Unis si les Palestiniens réélisaient Arafat ? Rien, bien sûr, et, pour l’Europe, l’heure n’est donc pas à se braquer sur un faux problème. L’Europe existerait infiniment plus et serait infiniment plus utile si elle prenait Georges Bush aux mots, ceux qu’il a prononcés, et proposait, éventuellement avec les pays arabes, des moyens d’avancer vers le buts qui sont les siens et, désormais, ceux des Etats-Unis.

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