C’est une règle en diplomatie. On n’avoue pas ses défaites, on en fait des victoires et c’est déjà ce que fait l’équipe Bush en se félicitant d’avance, des résultats du sommet que l’Otan tient, aujourd’hui, à Istanbul. Il y a quelques semaines encore, la Maison-Blanche espérait y obtenir de l’organisation militaire de l’Alliance atlantique qu’elle s’engage en Irak, sous son drapeau, y envoie des troupes, y mobilise, au minimum, des moyens techniques et cela pour deux raisons. La première est que la candidat Bush voulait, à tout prix, pouvoir prouver aux électeurs américains qu’il n’a pas isolé les Etats-Unis, que, contrairement à ce que disent les démocrates, les grands journaux et de plus en plus, surtout, de diplomates et de militaires, républicains et démocrates, l’aventure irakienne n’a pas coupé l’Amérique de ses alliés, détérioré son image et sa position internationales. Dans une élection qui reste, jusqu’aujourd’hui, très serrée, cela compte. Cela peut faire la différence en faisant basculer la droite modérée vers John Kerry, le candidat démocrate, mais Georges Bush avait, là, une seconde ambition. Il souhaitait aussi que, si symboliquement que ce fût, l’Otan mette un pied en Irak afin qu’elle ait à y mettre les deux quand la situation se sera encore plus détérioré. Peu lui importaient, donc, les effectifs et leur composition nationale, peu importait même qu’il n’y ait pas d’hommes. L’essentiel était que l’Otan accepte de participer, en tant que telle, à la force dite « multinationale » que les Etats-Unis commandent en Irak mais les décisions se prennent à l’unanimité à l’Otan. Cette unanimité n’existait pas et il est vite apparu qu’elle n’émergerait pas non plus car la France et l’Allemagne exprimaient un grand nombre des pays de l’Alliance en expliquant, premièrement, que l’Alliance ne saurait intervenir qu’à la demande d’un gouvernement irakien élu et non pas désigné et, deuxièmement, qu’il n’était pas sage de donner une dimension occidentale à l’intervention irakienne alors que tant de musulmans y voient déjà une croisade. De même que c’était au drapeau que tenait la Maison-Blanche, c’est le drapeau que les Européens n’étaient pas pressés de déployer mais de même que la diplomatie commande ne pas avouer sa faiblesse en reconnaissant une défaite, elle interdit d’injurier l’avenir en humiliant un interlocuteur, à fortiori un très puissant allié. Il fallait, autrement dit, sauver les apparences. On a cherché, des deux côtés, le moyen d’y parvenir et l’on a trouvé cette idée d’une aide à la formation des troupes irakiennes, décidé par l’Otan mais qu’elle n’organiserait pas et dispenserait encore moins sur le territoire irakien. Le reste était affaire de formulation, d’ambiguïtés voulues, et c’est ainsi qu’on en est arrivé à cet « encouragement » que le sommet donnera aux pays de l’Alliance « d’offrir au gouvernement irakien l’assistance de l’Otan pour la formation de ses forces de sécurité ». Chacun comprendra ce qu’il voudra et Georges Bush criera victoire.

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