Guerre et paix se télescopent au Proche-Orient mais qu’est-ce qui comptera le plus ? L’avenir sera-t-il avant tout marqué par l’opération militaire que les Israéliens ont lancé cette nuit à Gaza pour tenter d’y récupérer leur soldat enlevé dimanche ? Ou bien cette opération ne sera-t-elle qu’un épisode au regard du tournant politique qui vient de s’opérer ? Les inconnues sont trop nombreuses pour, déjà, répondre à cette question mais, quoi qu’il en soit, on ne saurait sous-estimer l’importance de l’accord auquel le Hamas et le Fatah sont parvenus hier. Pour la première fois de son histoire, le Mouvement de la résistance islamique, la branche palestinienne des Frères musulmans, les islamistes du Hamas, l’organisation responsable de tant des attentats suicides commis en Israël, a accepté l’idée de la création d’un Etat palestinien s’étendant non pas sur le territoire de la Palestine mandataire, celle qui avait préexisté à la création d’Israël, mais sur la Cisjordanie et Gaza, les territoires qui avaient été occupés par Israël en 1967. De facto, le Hamas vient d’accepter la coexistence de deux Etats le long des frontières de 1967 et, même si ses dirigeants martèlent qu’ils n’ont fait qu’envisager la création d’une Palestine d’un côté de ces frontières et non pas la reconnaissance d’Israël, cette reconnaissance est bel et bien là car ce n’est ni la Bolivie ni l’Arménie qui se situent de l’autre côté de cette ligne mais un Etat internationalement reconnu dont le nom est Israël. Pour la première fois dans l’histoire de ce conflit vieux d’un demi-siècle, les deux grands courants palestiniens, les laïques du Fatah et les islamistes du Hamas, le Président élu il y a dix-huit mois et la majorité gouvernementale issue des élections de janvier dernier, convergent ainsi sur l’idée d’un compromis territorial avec les Israéliens. C’est tout simplement une révolution car cela signifie que la quasi-totalité des forces politiques palestiniennes, toutes celles qui comptent, acceptent désormais la réalité du fait israélien, l’existence de cet Etat que le Fatah ne reconnaît que depuis quinze ans et que la charte du Hamas continue de vouer à la destruction. Il aura fallu, pour cela, que l’Europe et les Etats-Unis suspendent leur aide à l’Autorité palestinienne après la victoire électorale du Hamas en janvier et que Mahmoud Abbas, surtout, le Président palestinien, menace d’appeler la population des Territoires à se prononcer par référendum, dans un mois, sur cette base de règlement. « Mouvement tactique », « poudre aux yeux », diront donc, et disent déjà, les sceptiques en considérant que les islamistes n’avaient pas le choix et mentent sur leurs intentions mais il ne s’agit pas là de sentiments. Il s’agit de politique et, quoi qu’ils en pensent, quelles que soient les divisions que cela suscite dans leurs rangs, les islamistes ont adhéré au principe de réalité, reconnu un rapport de force et accéléré, enfin, la signature de cet accord avec le Fatah en raison même de la tension suscitée par l’enlèvement du soldat israélien. Ils ont voulu la minimiser. Ils lui ont préféré l’ouverture d’une fenêtre sur la paix et, pour l’avenir, c’est le plus important.

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