Lorsqu’il a son avenir derrière lui, un homme d’Etat devient précieusement libre. On l’a vérifié, hier, au micro de Nicolas Demorand, quand, du haut de ses 81 ans, Valéry Giscard d’Estaing a asséné les trois choses à dire du projet de nouveau Traité européen. La première est que ce compromis vaut mieux qu’un blocage à la condition que soient maintenues, dans sa rédaction finale, les réformes institutionnelles prévues dans le défunt projet de Constitution. La deuxième est que cette longue négociation n’en aura pas moins marqué un "recul de l’esprit européen" puisqu’on vient, là, de passer à la trappe tout ce qui évoquait une ambition fédérale : le mot même de « Constitution » et les références au drapeau et à l’hymne européens. Ce n’est pas neutre. C’est une défaite des avocats d’une Europe puissance, capable d’exister et de peser sur la scène internationale et, donc, une victoire des partisans d’une Europe marché, réduite ou presque à une simple zone de libre échange. Valéry Giscard d’Estaing aurait pu ajouter qu’on vient, du même coup, d’en revenir aux obscurs marchandages intergouvernementaux pour la rédaction des traités alors que c’était une convention, composée de représentants des gouvernements mais aussi des Parlements, qui avait rédigé, dans la plus totale transparence, le projet de Constitution. Il aurait également pu rappeler que, rejet de la constitution ou pas, les précédents traités, ceux qui avaient été le plus contestés lors de la campagne référendaire, restent évidemment en vigueur mais c’est son troisième point qui est le plus important. « On aura vérifié dans cette circonstance, a-t-il dit en parlant de la Grande-Bretagne, qu’un grand pays ne souhaite plus participer aux avancées de l’intégration européenne ». C’est un fait puisque c’est elle qui a exigé, dans un revirement complet par rapport au projet constitutionnel qu’elle avait accepté, que le futur ministre des Affaires étrangères de l’Union soit seulement appelé « Haut-Commissaire » et que la Charte des droits fondamentaux, ce corps des valeurs européennes, devienne optionnel. C’est la Grande-Bretagne qui a orchestré le recul de l’esprit européen à Bruxelles et Valéry Giscard d’Estaing a raison d’en conclure, premièrement, qu’il ne faut pas laisser « décourager la volonté d’intégration des Européens, vitale pour notre continent » et, deuxièmement, que « si les Britanniques souhaitent avoir une situation à part, il faut être capable de le leur proposer et, eux, de l’accepter ». Il ne faut autrement dit pas que les adversaires de l’Europe politique puissent empêcher ses partisans de marcher vers cet horizon, de resserrer leurs liens et d’harmoniser leurs politiques au sein de l’Union. Un cadre leur permettrait de s’y atteler. C’est l’eurogroupe, la réunion des pays de la monnaie unique dont la Grande-Bretagne ne fait pas partie puisqu’elle refuse l’euro. Nicolas Sarkozy entend le promouvoir et c’est un objectif sur lequel droite et gauche, chacune avec leurs options, devraient converger.

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