A deux, huit ou vingt, parce qu’il est solennel et déplace des chefs d’Etat, un sommet doit se conclure par un accord et des décisions. Si ce n’est pas le cas, la presse parle aussitôt d’un échec. Cela fait mauvais effet, accroit ou crée l’incertitude et ce G-20 s’est donc conclu, comme prévisible, par un communiqué commun noyant les divergences dans une fausse convergence. France, Allemagne et Grande-Bretagne, les trois grandes puissances européennes voulaient imposer une taxe sur les banques qui puisse financer l’effort à faire pour les soutenir lors des crises à venir. D’autres pays, ceux qui n’ont pas eu à puiser dans leurs fonds publics après le krach de Wall Street et veulent favoriser un secteur bancaire à même de rivaliser avec les plus grands établissements du monde développé, ne voulaient pas en entendre parler. Le désaccord était patent et qu’a-t-on fait ? On s’est unanimement rallié à l’idée que chacun ferait comme il l’entendrait car un sommet des 20 pays les plus riches du monde n’est pas un gouvernement mondial qui puisse imposer une politique à suivre par tous. Bien plus profond encore, l’autre grand sujet de divergence de ce G-20 portait sur ce qui était à faire pour consolider les espoirs de reprise deux ans bientôt après la faillite de Lehman Brothers et ses conséquences. Etats-Unis en tête, les uns souhaitaient que soient poursuivies les politiques de soutien public à la relance économique tandis que les autres, l’Union européenne conduite, en l’occurrence par l’Allemagne, plaidaient l’urgence d’une réduction des déficits budgétaires. C’était la crainte d’une crise de l’endettement contre celle d’un marasme porteur de crises sociales. Entre ces deux dangers, il y avait vraiment débat et, après s’être accordé sur la nécessité d’une « réduction des déficits favorable à la croissance », autrement dit sur tout et son contraire, le G-20 s’est engagé à donner la priorité à la reprise et à réduire de moitié les déficits des pays développés d’ici à 2013. Mme Merkel s’en est réjouie. Elle a vu, là, le triomphe de ses thèses mais comme rien n’indique que les Etats-Unis soient réellement prêts à un si rapide rééquilibrage de leurs comptes, il y a fort à parier que les politiques américaine et européennes vont continuer de diverger. A moins que des changements de majorité des deux côtés de l’Atlantique ne comblent l’écart d’ici là, il n’est pas impossible qu’on s’achemine vers une crise de confiance dans la dette américaine, un essoufflement économique de l’Europe ou les deux en même temps. Extrêmement fragile, l’économie mondiale ne sort pas renforcée de ce sommet. On reste loin, très loin, de la coordination des politiques économiques que l’institutionnalisation du G-20 aurait pu laisser espérer mais, désaccords ou pas, une tendance s'affirme. Entre la régulation du secteur bancaire aux Etats-Unis, la taxe européenne sur les banques et la création du Fonds de solidarité européen, les Etats sont de retour dans la vie économique. Tout n’en est pas résolu pour autant mais trop lentement mais sûrement, le changement d'époque se confirme.

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