Cette fois-ci, on y est. Après un nouveau tête-à-tête, hier, entre François Hollande et Angela Merkel, ce Conseil européen tant attendu s’ouvre cet après-midi à Bruxelles pour 48 heures de négociations que Mario Monti, le président du conseil italien se dit prêt, à prolonger jusqu’à dimanche s’il le faut.

On y est mais on n’en est, pour l’heure, qu’à beaucoup d’incertitudes et une seule certitude.

Comme le souhaitait François Hollande, l’acquis est que la nécessité d’une relance économique concertée est désormais mise sur le même plan que l’obligation de rétablir les comptes publics des Etats membres. Accord il y a sur le déblocage de 130 milliards d’euros en faveur de la croissance et, si cette somme, 1% du PIB européen, demeure modeste au regard des besoins d’investissements, l’important est qu’il y ait maintenant consensus sur le fait que la seule réduction des dépenses ne pouvait qu’accroître l’endettement et non pas le réduire car elle n’aurait fait que diminuer l’activité et les rentrées fiscales.

Les politiques européennes sont modifiées. La France pourra se rallier maintenant au pacte de stabilité que son nouveau président refusait de signer tant que n’y étaient pas adjointes des mesures de relance. C’est un acquis de taille mais il ne suffira pas, à lui seul, à remettre l’Union sur ses rails car l’évidence, reconnue par tous, est que la survie de la monnaie unique dépend désormais de l’unification des politiques économiques européennes qui demande, elle-même, un approfondissement de l’union politique car on ne peut pas prendre de décisions budgétaires communes sans une démocratie commune.

Là aussi le débat européen a considérablement progressé mais pas jusqu’au point d’avoir déjà effacé les divergences franco-allemandes sur ce sujet. D’un côté, l’Allemagne veut faire de l’unification politique un préalable à toute nouvelle mesure de solidarité car il est impossible, va-t-elle répétant, d’accroître l’interdépendance des économies sans que le contrôle de tous ne s’exerce sur le dépenses de chacun. La France n’en disconvient mais elle veut, elle, bâtir l’union politique sur de nouvelles solidarités à même de convaincre chaque citoyen européen qu’un plus grand partage de souveraineté se justifie par une amélioration économique qu’il pourrait entrevoir puis constater.

Egalement légitimes, une prudence politique s’oppose à une prudence économique et, dans ce débat, l’Italie, l’Espagne et les institutions communautaires appuient la France sur l’urgence de nouvelles solidarités mais la pressent d’accepter sans plus attendre une accélération de l’union politique.

Ce n’est qu’une question de timing mais ses enjeux sont si fondamentaux qu’elle n’est toujours pas résolue et que le Conseil risque de buter sur elle. Un échec reste possible sauf… Sauf que l’économie allemande elle-même se contracterait de 10% après un éclatement de la zone euro, que François Hollande a pour la première fois évoqué hier un « approfondissement de l’union politique » et qu’Angela Merkel ne refuse maintenant plus totalement une mutualisation des emprunts mais leur « totale » mutualisation – ce qui n’est bien sûr pas la même chose. On ne sait pas. On va voir. Rien n’est écrit.

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