Fondée par six pays devenus vingt-sept à ce jour, l’Union européenne en comptera, lundi, un vingt-huitième. Après la Slovénie, admise en 2004, la Croatie sera alors le deuxième des États issus de la défunte Yougoslavie à en devenir membre et il y a plusieurs manières, plus complémentaires que différentes, de voir ce nouvel élargissement.

La première est de constater que cette Union si désaimée de ses citoyens et tellement empêtrée dans ses contradictions internes continue d’exercer un formidable pouvoir d’attraction à l’extérieur de ses frontières. La Turquie, l’Islande et le Monténégro sont engagées dans des négociations d’adhésion. La Macédoine et la Serbie se sont portées candidates. L'Albanie, le Kosovo et la Bosnie-Herzégovine aimeraient le faire et pas moins de six des ex-républiques soviétiques dont la Géorgie, l’Ukraine et l’Arménie caressent ce rêve pourtant si lointain pour elles.

C’est de tous cotés qu’on tambourine aux portes de l’Union qui attire pour la simple et bonne raison, largement oubliée de ses citoyens, qu’elle est la première économie du monde et l’ensemble où l’état de droit est le mieux respecté et l’injustice sociale de très loin la moins grande.

Deuxième constat, découlant droit du premier, l’Union se trouve dans une situation qui ne s’est jamais vue dans l’histoire. Alors que toutes les grandes puissances ont toujours cherché à s’étendre par la force des armes, l’Union peut étendre, elle, son influence, exporter ses valeurs et pénétrer de nouveaux marchés par la seule force… de sa séduction. Elle n’a nul besoin de conquérir quiconque car ce sont ses voisins qui lui demandent de bien vouloir l’admettre en son sein, et aux conditions qu’elle fixe. Troisième constat, cela permet à l’Union d’organiser et pacifier ses marches, d’éloigner guerres et conflits de ses frontières, d’étendre la paix autour d’elle, puisqu’il n’est pas question d’en devenir membre si l’on n’a pas préalablement mis terme à ses tension intérieures et ses problèmes de voisinage.

Jusque là, tout va bien, et même mieux que bien, mais tout n’est évidemment pas si simple. A six, la Communauté européenne était régulièrement secouée de crises retentissantes car ses fondateurs avaient du mal à s’entendre sur à peu près tout. A 27, l’Union frise l’ingouvernabilité. A 28 et bientôt plus, elle risque de mettre deux fois plus de temps encore qu’aujourd’hui à prendre ses décisions et de devenir ainsi une franche pétaudière.

C’est le quatrième constat, le revers de la médaille, et cela signifie que, si le cœur de l’Union, ses plus anciens membres ou la zone euro, ne se constituent pas en union politique au sein de l’Union européenne pour en prendre la direction effective, elle va droit à l’embourbement. C’est tout le sens des propositions que la France et l’Allemagne ont avancées le mois dernier mais ces propositions qui devaient être présentées au Conseil européen qui s’est ouvert hier ne l’ont finalement pas été. Trop tôt, encore trop compliqué, pas avant les élections allemandes de septembre, a-t-on expliqué. Oui, bien sûr, mais le temps presse et, à ce rythme, les atouts de l’Union deviendront vite ses handicaps.

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