Retour sur des élections espagnoles qui ont presque autant surpris que le Brexit britannique...

Avec Anthony Bellanger.

Et pour cause : dans les deux cas, les sondeurs se sont plantés. En Grande-Bretagne en soutenant mordicus – et jusque tard dans la nuit – que le "in" l'avait emporté et, en Espagne, en jurant, chiffres à l'appui que Podemos avait cassé la baraque électorale.

Résultat : Brexit à 3h du mat et Podemos dans les cordes. A la décharge des sondeurs et de leurs précieuses suites statistiques, leur déconfiture est européenne voire mondiale : de la Grèce à l'Autriche, des Etats-Unis à la France, ils sont perdus les pauvres.

Perdus dans ce qu'ils appellent le « vote caché », comme on dit « l'imam caché », ce qui revient à dire qu'ils ont du mal à évaluer la nouveauté. Tous ces partis qui, dans toute l'Europe, perturbent leur superbes cohortes d'électeurs et leurs courbes si parfaites.

Et en Espagne, ça donne, contre toute attente, la victoire des partis traditionnels...

Avant tout celle de la droite du Premier ministre Mariano Rajoy. Mais ça vous l'avez partout entendu. Ce que vous avez peut-être moins entendu, parce que les commentateurs ont paniqué comme les sondeurs, c'est l'incroyable intelligence des électeurs espagnols.

Après des mois de blocage politique et institutionnel, ils sont choisis de désigner un vrai vainqueur MAIS de ne surtout pas lui donner les clés de la boutique. Il va falloir partager, négocier, s'entendre voire même collaborer.

A droite comme à gauche, il est mathématiquement impossible de former une majorité absolue à moins donc d'aller chercher les centristes + les socialistes ou les centristes + les nationalistes régionaux. En clair, l'Union fera la force du prochain gouvernement.

Ils n'ont pas fait que cela les électeurs, ils ont aussi puni Podemos...

La claque ! Et encore aujourd'hui, deux jours après les résultats, les dirigeants du parti issu des indignés sont incapables de comprendre ce qui leur est arrivé. Il faut dire que depuis leur irruption aux européennes, en mai 2014, ils avaient tout gagné.

Cette fois-ci, on leur promettait – les sondeurs, toujours eux, le « sorpasso », c'est-à-dire le paradis sur terre pour un parti très marqué à gauche : le dépassement électoral des sociaux-traitres, à savoir ces « mous » de socialistes de gouvernement. Le PSOE.

Que s'est-il passé ? Les dirigeants de Podemos sont, à l'image de leur chef Pablo Iglesias : des universitaires distingués. Ils ont commis la même erreur que les sondeurs : ils ont oublié les électeurs et sont tombés amoureux des analyses savantes et des courbes.

Ils ont calculé, recalculé, ils ont avancé prudemment, retenant leurs coups, nouant des alliances de revers, mettant des cravates de ministres. Bref, ils ont joué au plus malin. Et ça s'est vu. Or les Espagnols ont des problèmes de chômage, pas d'alliances tactiques.

Ils ont donc laissé les sondeurs et les universitaires de Podemos à leurs savants calculs politico-statistiques et ont choisi le Diable qu'ils connaissaient en prenant soin, je le répète, de ne surtout pas lui confier toutes les clés de la boutique Espagne.

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