Les Etats-Unis et la Russie se rapprochent tandis que l’Union se défait.

Ce n’est pas la fin. Ce n’est pas, non, la fin de l’Union européenne parce que le Brexit ne fait décidément pas envie ; que bien trop des Etats membres profitent de la solidarité européenne pour envisager de s’en passer ; qu’aucun sondage n’indique, nulle part, dans aucun des pays membres, l’affirmation de majorités en faveur de sorties de l’euro et moins encore de l’Union et que les Européens, gouvernements et citoyens, ne sont pas assez aveugles pour ne pas voir qu’à l’heure des chaos proche-orientaux et de MM. Trump et Poutine, les pays de l’Union se suicideraient en tournant la page de leur unité. 

C’est tellement vrai que les extrêmes-droites européennes ont toutes mis la pédale douce sur leur europhobie pour accéder au pouvoir ou espérer le faire. Elles parlent désormais de changer les politiques et le fonctionnement de l’Union et non plus de sortir de ce qui n’est plus dans leurs discours une "prison des peuples". 

L’Union est, en ce sens, plus solide et moins contestée qu’elle ne l’a jamais été mais elle n’est pourtant plus que l’ombre d’elle-même tant ses divisions sont profondes, son élan cassé et sa locomotive franco-allemande essoufflée.

Les divisions, on sait. Elles sont aussi patentes sur le renforcement de la zone euro que sur les politiques migratoires. Le Conseil européen qui s’ouvre aujourd’hui, l’assemblée des chefs d’Etat et de gouvernements, ne pourra donc déboucher, au mieux, que sur de faux consensus, purement verbaux et sans réalité. Ce n’est pas avec cela que l’Union retrouvera un élan alors même que sa locomotive est en panne pour la bonne raison que la chancelière allemande est tellement contestée sur sa droite que sa coalition en est fragilisée et peut-être même en bout de course. 

Et puis il y a ce hasard de calendrier, hasard tellement parlant, qui fait qu’à la veille de ce si calamiteux Conseil, MM. Trump et Poutine, les deux hommes qui voudraient tant la peau de l’Union, ont fait annoncer leur première et prochaine rencontre, à Helsinki, semble-t-il, et dans moins d’un mois. 

Les Etats-Unis et la Russie se rapprochent tandis que l’Union se défait. 

Si l’on en juge par les embrassades de Singapour entre MM. Kim et Trump, le président américain est bien près de tout lâcher à Vladimir Poutine contre la possibilité d’aller en faiseur de paix aux élections américaines de la mi-novembre. 

Sur l’Union, le ciel est bas, tellement bas que c’est le président du Conseil européen, Donald Tusk, qui écrivait hier que l’Europe devait "se préparer aux pires scénarios" avec M. Trump et que dans ses frontières, "de plus en plus de gens commencent à croire que seule une autorité à poigne, d’esprit anti-européen et anti-libéral, est capable de stopper l’immigration illégale". Sur ces deux constats, il avait raison.

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