Un sommet extraordinaire aura lieu dimanche pour désigner le successeur de Jean-Claude Juncker et des autres dirigeants de l’UE, dans un climat de crispation franco-allemande dont il faut urgemment sortir.

Emmanuel Macron et Angela Merkel au dernier sommet européen de Bruxelles, le 20 juin, qui n’a pas réussi à s’entendre sur les nominations aux postes-clé de l’UE.
Emmanuel Macron et Angela Merkel au dernier sommet européen de Bruxelles, le 20 juin, qui n’a pas réussi à s’entendre sur les nominations aux postes-clé de l’UE. © AFP / Kenzo TRIBOUILLARD / POOL / AFP

La nouvelle Europe ressemble furieusement à l’ancienne. Le premier test post-élections européennes, la nomination des personnages-clés de l’Union européenne -Président de la Commission, Président du Conseil européen, Haut représentant pour la politique étrangère-, donne lieu à une foire d’empoigne du plus mauvais effet.

Un sommet extraordinaire a été convoqué dimanche pour sortir de l’impasse dans laquelle s’est trouvé celui de la semaine dernière, et le programme officieux prévoit un dîner des dirigeants, et la possibilité d’un petit déjeuner lundi matin, en cas de nuit difficile.

Il ne faut certes pas dramatiser, l’Europe a toujours fonctionné comme ça, avec des postures dramatiques avant de faire des compromis tard dans la nuit. Mais il y a dans cette affaire une crispation franco-allemande inquiétante, qui mérite qu’on s’y attarde.

C’est la règle non-écrite de l’Union européenne : l’entente franco-allemande est nécessaire mais pas suffisante pour avancer. Rien ne se fait si Paris et Berlin ne s’entendent pas, et c’est ce qui se passe en ce moment.

Le Parlement issu des élections du mois dernier promettait d’être différent, en l’absence de la majorité conservateurs/sociaux-démocrates qui se partageait traditionnellement les responsabilités. Pour avoir une majorité, il faut cette fois l’apport des libéraux, dont font partie les élus de La République en Marche, ou ceux des Verts.

Sauf que ce sont les conservateurs qui sont arrivés en tête, et revendiquent la Présidence de la Commission pour leur tête de liste, l’élu bavarois Manfred Weber… dont Emmanuel Macron ne veut à aucun prix, le trouvant trop inexpérimenté et incapable d’incarner un nouveau départ. Et il n’est pas le seul à le penser.

Agacé, le chef du groupe CDU à Strasbourg a qualifié Emmanuel Macron d’« antiallemand », et Berlin refuse par contrecoup aussi bien le Français Michel Barnier, parce que Français, que la Commissaire danoise Margrethe Vestager, la favorite de Paris. Présents tous deux au G20 d’Osaka aujourd’hui et demain, il serait bon qu’Emmanuel Macron et Angela Merkel mettent fin à ce jeu délétère.

Comment sortir de cette querelle ? D’abord en se disant qu’elle n’est pas à la hauteur des enjeux. Déjà affaiblie, l’Europe se suiciderait à alimenter ses divisions nationales, voire nationalistes, alors que le monde change sans elle, et que les crises s’accumulent qui nécessiteraient sa voix.

Il suffit à ce propos d’écouter la charge incroyable lancée il y a 48 heures par Donald Trump contre Margrethe Vestager, pour avoir osé taxer les géants américains Apple et Google. « Cette femme déteste l’Amérique », a-t-il lancé sur Fox News. On se dit à écouter Donald Trump, qu’elle ferait une excellente présidente de la Commission…

Car si l’Europe fait comme avant, c’est-à-dire choisir le plus petit dénominateur commun pour la représenter, les citoyens du continent continueront de s’en détourner, et le reste du monde aura du mal à la prendre au sérieux. Alors on a envie de demander aux dirigeants européens, en paraphrasant le Marquis de Sade : « encore un effort pour être Européens », c’est le moment où jamais.

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