Tous unis contre le fédéralisme ! De droite ou de gauche, Jacques Chirac et Gerhard Schröder depuis hier soir, les gouvernements européens se mobilisent pour défendre la prééminence des Etats dans les futures institutions de l’Union. L’année dernière, c’est Silvio Berlusconi qui avait tiré la première salve en laissant démissionner son ministre des Affaires étrangères, un fédéraliste convaincu dont il avait personnellement repris le portefeuille. A l’époque, les capitales européennes avaient grommelé mais leurs protestations cachaient mal leur satisfaction. Elles non plus ne voulaient pas abandonner leur pouvoir à Bruxelles, à cette Commission qui se verrait bien en gouvernement de l’Europe, et Tony Blair avait fait lancer, dans la foulée, un ballon d’essai. Dûment informée, la presse britannique avait alors écrit que Londres songerait à proposer que l’Europe élargie ne soit pas pilotée par des institutions fédérales mais par le Conseil européen, par l’ensemble, donc, des chefs d’Etat et de gouvernements, chapeauté par une sorte de Conseil de sécurité, par les dirigeants, autrement dit, des plus grands pays européens qui porteraient à leur tête un président de leur choix. En plein début de campagne électorale, la France n’avait pas fait de commentaires. Ni Jacques Chirac ni Lionel Jospin ne souhaitaient en effet ouvrir ce débat. Encore hésitante, toujours divisée entre un Chancelier soucieux de ses prérogatives et un ministre des Affaires étrangères séduit par l’idée fédérale, l’Allemagne était, elle aussi, restée discrète mais les deux pays étaient alors convenus d’harmoniser leurs positions sitôt le Président de la République élu. C’est chose faite et le Président et le Chancelier viennent d’annoncer hier, à l’issue d’un dîner de travail à Paris, qu’ils voulaient sceller « un nouveau pacte franco-allemand », un nouveau Traité de l’Elysée, dans le cadre duquel ils présenteraient des propositions de réformes institutionnelles communes. Officiellement, rien n’est décidé, aucune idée franco-allemande n’est formulée, mais cette démarche repose, à l’évidence, sur des volontés parallèles de redonner la main aux Etats et à leurs gouvernements. Dans l’esprit en tout cas, on n’est pas loin de Tony Blair et de son Conseil de sécurité car dans l’expression de « Fédération d’Etats-nations », Jacques Chirac retient avant tout les Etats-nations, tout comme, maintenant, Gerhard Schröder qui n’a pas cessé, depuis un an, de croiser le fer avec la Commission. Italie, Grande-Bretagne, France et Allemagne désormais, Espagne aussi – tous les grands pays de l’Union convergent ainsi dans le refus de l’affirmation d’un pouvoir européen supra-national. Deux visions de la future Union, celle dont l’élargissement doublera presque la taille, sont désormais sur la table. D’un côté, vision fédérale, le Parlement et la Commission prônent à deux la mise en place d’un gouvernement européen, issu de majorités définies par le suffrage universel européen. De l’autre, vision confédérale, les Etats veulent conserver leurs pouvoirs, mieux gouverner ensemble mais continuer à décider. Une bataille s’ouvre, dans laquelle les Etats partent gagnants. La seule question est de savoir s’ils accepteront ou non une dose, une petite dose de fédéralisme.

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