L’Agence internationale pour l’énergie atomique, l’AIEA, a toujours été d’une grande prudence sur les ambitions nucléaires iraniennes. Dirigée par un homme, Mohammed El Baradei, qui avait toujours mis en doute l’existence d’armes de destruction massive dans l’Irak de Saddam Hussein, cette agence de l’Onu s’est constamment attachée à poser des questions précises aux Iraniens, à ne pas tirer de conclusions hâtives de leurs atermoiements et à laisser, surtout, la porte ouverte à une solution politique en ne faisant jamais perdre la face aux dirigeants de la République islamique. Publié hier, son dernier rapport trimestriel n’en est que plus inquiétant. L’agence déplore n’avoir eu accès ni aux sites atomiques qu’elle avait demandé à visiter le mois dernier ni aux personnes qu’elle aurait souhaité interroger. Elle considère que « l’Iran peut avoir des informations complémentaires », autrement dit qui n’ont pas été fournies à l’AIEA, sur ses missiles et ses tests d’explosifs de haute intensité. L'Agence estime enfin à 3500 le nombre de centrifugeuses dont dispose la République islamique et ne doute pas que le nombre de ces appareils destinés à produire de l’uranium enrichi sera bel et bien porté, comme le dit Téhéran, à 6000 d’ici à la fin de l’été. Or tout le problème est que l’uranium enrichi peut aussi bien servir à alimenter des centrales nucléaires civiles, l’objectif officiel des Iraniens, qu’à fabriquer des bombes atomiques, le but qu’il y a de plus en plus de raisons de leur prêter. Rien de tout cela n’est fait pour rassurer les pays arabes et Israël les plus concernés les Etats-Unis, l’Europe, la Russie, la Chine et, moins encore. L’Iran devient de plus en plus préoccupant. Mais l’Iran est, en même temps, confronté à de sérieuses, très sérieuses difficultés économiques, sociales, politiques et diplomatiques. Les sanctions prises par l’Onu pour l’amener à suspendre son programme d’enrichissement de l’uranium entravent ses exportations, ses importations, l’ensemble de ses échanges commerciaux. L’inflation suscitée par la volonté de son président Mahmoud Ahmadinejad de s’assurer une popularité en distribuant des subventions à tout va a provoqué une telle envolée des prix qu’une colère gronde dans les rues. La nouvelle Assemblée nationale, sortie des urnes en mars, est très majoritairement composée de conservateurs modérés très opposés à la politique économique de ce président comme à ses provocations internationales. Les tensions au sein du régime sont chaque jour plus grandes et la Syrie, surtout, le grand allié, le pays par lequel transitent les livraisons d’armes iraniennes au Hezbollah libanais, vient d’ouvrir des négociations de paix avec Israël. Elles n’en sont qu’à leur début mais, si elles aboutissaient, l’Iran pourrait se retrouver aussi isolé qu’il est influent aujourd’hui. L’Iran n’est pas seulement inquiétant. Il est également très fragile.

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