Depuis Tunis.

C’est à la lumière de la Tunisie qu’on comprend le mieux l’Egypte. Mercredi et jeudi derniers, les Egyptiens étaient appelés aux urnes pour le premier tour de la première présidentielle depuis la chute d’Hosni Moubarak et les résultats partiels connus à ce jour donnent les Frères musulmans, les islamistes, en tête de ce scrutin mais… Mais en spectaculaire recul.

Par rapport aux législatives qui s’étaient achevées en janvier dernier, il y a quatre mois seulement, les Frères ont perdu quelques 20 points en passant de 47% des voix à environ 25%. Leur candidat pourrait néanmoins sortir vainqueur du second tour s’il se confirme qu’il les opposera à Ahmed Chafik, le dernier Premier ministre d’Hosni Moubarak. Une majorité de l’électorat pourrait alors préférer un islamiste à un homme de l’ancien régime soutenu par l’armée. Les islamistes sont tout sauf évincés de la scène politique mais leur dégringolade n’en est pas moins patente.

Elle est même le fait majeur de ce scrutin car elle vient infirmer l’idée selon laquelle les succès électoraux que les islamistes ont remportés depuis le printemps arabe annonceraient inéluctablement l’instauration de régimes théocratiques à l’iranienne. Il n’en est rien et ce qui se passe en Tunisie en explique les raisons.

En Tunisie également les islamises d’Ennahda avaient remporté haut la main les législatives de l’automne dernier en devenant le premier parti du pays qui gouverne aujourd’hui. A l’époque, les laïcs tunisiens voyaient déjà une dictature succéder à l’autre pour de longues décennies. Il n’y aura pas de nouvelles élections, disaient-ils sombrement, mais huit mois plus tard l’atmosphère a radicalement changé. Après avoir terrorisé par leur succès, les islamistes tunisiens inquiètent beaucoup moins et feraient presque pitié tant ils sont à la peine. L’économie est en berne. Le chômage progresse. Les mouvements de grève se multiplient et Ennahda déçoit toujours plus les attentes de ceux qui avaient cru que ce parti pourrait résoudre tous les problèmes du pays parce que ses militants se présentaient en bons musulmans.

A l’épreuve du pouvoir, les islamistes perdent un peu plus pied chaque jour et cela d’autant plus qu’ils sont concurrencés par plus intégristes qu’eux, les salafistes qui sont en guerre contre l’alcool et les télévisons qu’ils jugent licencieuses. Les coups de main des salafistes se multiplient et tétanisent le gouvernement islamiste qui n’ose par sévir contre eux de crainte d’en faire des martyrs mais heurte ainsi beaucoup de ses électeurs, des conservateurs qui n’aiment pas le désordre et s’inquiètent de ses conséquences économiques.

Les responsabilités politiques ne réussissent pas plus en Egypte qu’en Tunisie aux islamistes et cela vient vérifier que l’islamisme est, petit à petit, soluble dans la démocratie.

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