C’est un cruel résumé des nouveaux rapports de force internationaux, des faiblesses de l’Union européenne et de l’urgence qu’il y aurait à en faire une véritable union économique et politique.

Avec l’adoption, en 2009, de leur « paquet climat-énergie », les Européens s’étaient fixé des objectifs de développement des énergies renouvelables aussi ambitieux que réalistes puisque plusieurs de leurs pays étaient à la pointe de l’innovation industrielle dans ce domaine. Comme Barack Obama l’avait fait aux Etats-Unis, l’Union avait su tabler là sur un domaine d’avenir, porteur de la croissance économique dans les prochaines décennies, et les promesses de cette orientation stratégique avaient donné le coup de fouet nécessaire aux industriels engagés sur cette voie.

Il y avait toutes les raisons de s’en réjouir mais ce que l’Europe et l’Amérique avaient su voir, la Chine l’a également vu, avec un gigantesque avantage sur les Etats-Unis et l’Union. Non seulement la Chine dispose d’une main-d’œuvre bon marché dont les salaires pèsent peu sur ses coûts de production mais, lorsqu’elle décide de porter l’effort sur un secteur, elle a tous les moyens de mobiliser des crédits bancaires immédiats, d’attribuer sans délai les sites nécessaires et de ne se soucier d’aucune règle sociale ou environnementale.

La Chine a les moyens d’une politique industrielle et c’est ainsi qu’elle est en un tour de main devenue capable de produire des panneaux solaires qu’elle peut vendre à un tiers de leur coût de revient en Europe et qui sont essentiellement destinés à l’exportation. Or il ne faut pas s‘y tromper. Ce n’est pas seulement que la Chine ait ainsi voulu s’assurer des rentrées de devises. C’est surtout que, dans une juste vision de ses intérêts à long terme, elle a voulu s’assurer un quasi monopole mondial en tuant dans l’œuf toute concurrence sur ce secteur-clé. L’industrie photovoltaïque européenne, ses 25 000 emplois, ses compétences et l’atout qu’elle représente pour l’Union n’est ainsi plus loin de disparaître mais, après que les Etats-Unis eurent imposé l’année dernière jusqu’à 250% de droits de douane sur les panneaux chinois, la Commission européenne vient seulement de proposer d’en taxer l’importation à 47% en moyenne.

Harcelée par les industriels européens et Yannick Jadot, le député vert qui a fait une cause de ce dossier, la Commission a fait ce qu’elle devait mais que se passe-t-il aujourd’hui ? Avec l’Allemagne en tête, 18 pays de l’Union, d’Europe centrale principalement, s’opposent aux propositions de la Commission et veulent l’obliger à négocier avec la Chine qui a fait un intense lobbying auprès d’eux en les menaçant de mesures de représailles qui seraient particulièrement douloureuses pour l’Allemagne, grand exportateur de machines-outils grâce auxquelles sont entre autres fabriqués… les panneaux chinois. L’Europe souffre de ne pas avoir de gouvernement commun, de puissance publique à même de la défendre, mais ceux qui penseraient qu’il vaudrait donc mieux l’oublier devraient se demander ce qui a tellement inquiété la Chine en l’affaire si ce n’est la possibilité de perdre d’un coup un marché de plus de 500 millions d’habitants.

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