Les 28 dirigeants des pays de l’Union se sont donné du temps. Réunis hier, à Bruxelles, en Conseil européen et encore sonnés par la progression, dimanche, des partis europhobes, ils ont remis à plus tard les questions de nomination aux principaux postes européens et décidé, surtout, de rechercher un nouveau consensus sur la définition de grandes priorités politiques, c’est-à-dire sur les politiques de l’Union.

Avant même que cette réunion ne s’ouvre, le Premier ministre britannique et le président français avaient donné le ton. « L’Union est devenue trop grosse, trop autoritaire, trop intrusive », avait lancé David Cameron. « Oui, il y a un problème », avait renchéri François Hollande en expliquant que si « l’Europe n’avait pas répondu, dans quelques années, aux attentes et aux peurs, il y aurait d’autres votes, en France et ailleurs, contre l’Europe ».

Ni les mots ni la musique n’étaient les mêmes. L’un voulait moins d’Europe, l’autre sa « réorientation ». La Grande-Bretagne voulait réduire, comme toujours, la voilure européenne alors que la France voulait que l’Union se concentre sur de grandes ambitions communes. Ce n’était pas la même chose mais, confrontés l’un et l’autre aux triomphes remportés dans leurs pays par des formations prônant la sortie de l’Union et arrivés en tête des élections européennes, tous les deux voulaient se faire les avocats d’un changement radical qui puisse convaincre leurs opinions respectives.

Pour David Cameron, c’était donc moins « d’intrusion » européenne dans les politiques nationales. Pour François Hollande, c’était donc une priorité donnée à l’Europe de la Défense, à la transition énergétique, à la croissance et à l’emploi – aux nouvelles technologies et au numérique qui doivent avoir, a-t-il dit, « leurs champions européens ». Pour lui, c’était plus d’Union mais une Union dont les politiques communes ne se résument plus au redressement des comptes publics mais préparent l’avenir et luttent contre le chômage en investissant dans les industries du futur.

Il n’est pas prouvé que ces deux visions soient compatibles. Le moins qu’on puisse dire est que la question du maintien de la Grande-Bretagne dans l’Union reste posée mais, pour l’heure, les 28 ont chargé Herman Van Rompuy, le président belge du Conseil européen, d’un rapport sur la définition de priorités communes qui soient également compatibles avec la « politique de compétitivité, de croissance et d’emploi », autrement dit le maintien des actuelles politiques de rigueur, que souhaite l’Allemagne.

C’est, a priori, la quadrature du cercle, sauf que rien n’interdirait de poursuivre l’effort de désendettement tout en investissant dans une Europe de la réindustrialisation, de l’énergie et de la Défense. C’est là que sont le point d’équilibre et la nécessité, en Europe continentale en tout cas. C’est également là que convergent les groupes conservateur, socialiste et centriste du Parlement européen avec lesquels Herman Van Rompuy a également été chargé de trouver un accord sur les hommes et les femmes qui pourraient incarner ce compromis aux grands postes d’une Union qui est en débat.

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