Il n’y aurait pas de raison de rejouer le match. Il y aura dix ans demain, le peuple français avait majoritairement rejeté le projet de Constitution européenne qui lui était soumis par référendum. Ce jour-là, la messe était dite mais où en est-on dix ans plus tard ?

Le premier constat à faire est que le malaise qui avait été la première raison de ce rejet n’a pas seulement persisté. Nourri par les politiques de restriction budgétaire, il s’est au contraire approfondi et les citoyens européens comprennent moins que jamais où va l’Union, comment elle fonctionne, qui y décide de quoi et pourquoi.

La raison en est que le « non » français a tellement traumatisé les dirigeants européens qu’ils en ont faussement conclu que, moins ils parleraient de l’Europe, mieux ils s’en porteraient. Au lieu de rompre avec cette fatale et si ancienne manière qu’ils avaient d’accuser « Bruxelles » de toute décision impopulaire, au lieu d’enfin dire que « Bruxelles » n’existait pas et que tout ce qui était décidé dans l’Union, bien ou mal, l’était par eux-mêmes, par la majorité des 28 dirigeants élus des pays membres, ils ont plus que jamais entretenu le mythe d’une mystérieuse et dictatoriale volonté européennes qui s’imposerait aux nations et aux majorités qu’elles se donnent.

Le résultat en est que les Européens et l’Europe frisent désormais le divorce alors même que le poids pris par les pays continents et par les nouveaux pays industriels, la toute puissance que sa libre circulation donne au capital et l’accumulation, maintenant, de menaces aux frontières orientales et méridionales de l’Union demandent plus que jamais l’affirmation d’une puissance publique européenne à même d’imposer un rapport de forces économique et militaire qu’aucun des pays européens ne pourrait créer à lui seul.

Le deuxième constat à faire est que les « non » de droite et de gauche n’ont pas eu les mêmes destins. Issu du souverainisme, le premier a précipité l’affirmation des nouvelles extrêmes-droites alors que le second, issu d’un rejet du libéralisme économique, n’a rien créé de solide en France et dans les pays les plus riches mais donné naissance, en Grèce et en Espagne, à de nouvelles gauches, aussi attachées à l’unité européenne qu’hostiles à cette seule et unique loi du profit qui fait le monde d’aujourd’hui, en Europe comme ailleurs.

Le troisième constat à faire est que l’unité européenne a résisté aux crises financières et beaucoup aidé l’Europe à les surmonter, que l’Union a su s’asseoir sur ses traités pour faire face au réel, que sa Banque centrale a pu utiliser son indépendance pour faire baisser l’euro et qu’elle s’oriente aujourd’hui, cahin-caha, vers une unité politique de la zone euro au sein du plus vaste ensemble qu’est l’Union.

Il serait aujourd’hui vain de se lancer à la figure des « Je vous l’avais bien dit ». La seule question qui vaille désormais est de savoir si les Européens ont ou non besoin de leur unité et, si oui, de laquelle, à quel rythme, avec quelles institutions et à combien.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.