La Ligue a précipité de nouvelles élections dans l'espoir d'en sortir renforcée

Le président Sergio Mattarella, s'adresse aux journalistes après une rencontre avec le candidat du Premier ministre italien, Giuseppe Conte, le 27 mai 2018 au palais présidentiel du Quirinal à Rome
Le président Sergio Mattarella, s'adresse aux journalistes après une rencontre avec le candidat du Premier ministre italien, Giuseppe Conte, le 27 mai 2018 au palais présidentiel du Quirinal à Rome © AFP / Vincenzo Pinto

Si l’on compare à la France, c’est entre la IVe et la Ve. Contrairement aux présidents de la Ve République, le chef de l’Etat italien ne dispose pas d’à peu près tous les pouvoirs mais c’est à lui qu’il revient non seulement de désigner la personne chargée de former le gouvernement mais également de présenter aux Chambres chacun des pressentis pour les différents ministères.

Dans l’histoire italienne, il est donc déjà arrivé qu’un président mette son veto sur un nom et c’est ce que l’actuel chef de l’Etat a fait hier.

Sergio Mattarella a refusé hier qu’un adversaire déclaré du maintien de l’Italie dans la monnaie unique, Paolo Savona, puisse devenir le prochain ministre des Finances. Giuseppe Conte, l’homme qui aurait dû devenir président du Conseil, en a immédiatement tiré les conséquences en renonçant à former le gouvernement. Il est maintenant hautement probable que l’Italie se dirige vers de nouvelles élections et, comme elles pourraient difficilement avoir lieu avant la fin septembre, la troisième économie de l’Union paraît désormais en roues libres pour plusieurs mois.

Pour les chefs de file de la Ligue et du Mouvement 5 Etoiles, des deux partis qui s’étaient entendus pour gouverner ensemble, le coupable est le chef de l’Etat qui aurait agi sous la pression de la France, de l’Allemagne et des milieux financiers. "L’Italie n’est pas une colonie, nous ne sommes pas les esclaves des Allemands ou des Français, du spread ou de la finance", a lancé Matteo Salvini, le patron de la Ligue. Le spread est l’écart entre les taux d’emprunt à dix ans allemand et italien qui s’était accentué depuis l’annonce d’une coalition entre l’extrême-droite de la Ligue et le Mouvement 5 Etoiles dont le jeune dirigeant, Luigi Di Maio, a réagi sur le même ton.

Déjà entrés en campagne, ces partis se poseront en défenseurs du peuple contre les banques et l’Union européenne, mais la situation n’est pas ce qu’ils disent. La France et la Commission avaient au contraire tendu la main au président du conseil désigné. Ce n’était pas la panique sur les marchés. Il n’y a pas eu de complot contre cette coalition mais le chef de l’Etat italien est garant des intérêts supérieurs de la nation et de ses engagements internationaux. Il ne pouvait donc pas accepter aux Finances un partisan de la sortie de l’euro alors que le programme de la coalition ne la prévoit pas et que la conversion de la dette italienne en nouvelles lires mettrait la Péninsule en faillite.

Sergio Mattarella n’a fait que se conformer à ses responsabilités constitutionnelles tandis que la Ligue, avec la candidature Savona, a délibérément joué l’épreuve de force dans l’espoir de sortir renforcée d’un nouveau scrutin. Le problème, tout le problème, est que ce calcul de l’extrême-droite n’est pas forcément faux.

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