Les Etats-Unis ont tous les moyens de gagner cette guerre. Ils ont bien assez de bombes, d’avions et de missiles pour transformer Bagdad en un champ de ruines et pouvoir crier victoire en quelques semaines, en peu de semaines, voire de jours. Le problème, pour eux, est que cette victoire-là serait leur défaite. Il y a des centaines de journalistes dans Bagdad. Georges Bush ne peut pas aplatir cette ville, y tuer sans discernement, faire des milliers de victimes sans que l’opposition que suscite cette guerre ne se transforme en indignation générale, que les rares gouvernements qui le soutiennent ne soient ébranlés et que le monde arabe, déjà frémissant, n’entre vraiment en ébullition. Ce choix n’en est pas un pour les Etats-Unis, il faut en tout cas l’espérer, et Georges Bush est ainsi condamné à devoir prendre Bagdad sans utiliser toutes ses forces, à combattre un bras dans le dos alors que Saddam Hussein a, lui, concentré le meilleur de ses troupes dans sa capitale. Cette guerre va durer. Elle durera «aussi longtemps qu’il faudra pour la gagner », déclarait, hier, le Président américain. Elle durera « plusieurs mois » a fait savoir l’état-major par le biais du Washington Post. Elle durera, en un mot, longtemps et, plus elle durera, plus les victimes irakiennes et américaines seront nombreuses, moins les Etats-Unis apparaîtront invincibles, plus ils seront critiqués et impopulaires de par le monde et moins le front intérieur, l’opinion américaine, la presse et le Congrès, soutiendra la Maison-Blanche. L’Amérique finira par gagner, sans doute un peu plus vite qu’il n’y paraît aujourd’hui, mais Georges Bush s’est piégé car ses conseillers et lui ont fait deux erreurs. La première a été de ne pas engager assez d’hommes. Très réticents devant cette guerre, les généraux américains avaient demandé qu’on leur permette au moins un engagement massif de leurs troupes. Donald Rumsfeld, le secrétaire à la Défense, le leur a refusé car cela aurait contredit la Maison-Blanche qui promettait une guerre éclair, facilitée par l’accueil des populations irakiennes, enthousiasmées d’être libérées par l’Amérique porteuse de bienfaits. Ce rêve n’était pas totalement absurde. Il aurait peut-être pu se réaliser si les forces américaines avaient pu se regrouper en Turquie avant de pénétrer en Irak par le Nord, par les régions kurdes, où elles auraient été, à coup sur, acclamées. C’est ce qui était prévu mais les Etats-Unis, seconde erreur, avaient oublié que les Turcs ne veulent à aucun prix que l’autonomie du Kurdistan irakien ne donne des idées à leur propres Kurdes. La Turquie a donc refusé les milliards de dollars que les Etats-Unis lui offraient en échange de son soutien et le fait marquant de cette première semaine de guerre n’a pas été tant s’en faut l’enthousiasme des populations mais la résistance du régime irakien. Les Américains se retrouvent en conséquence dans le rôle de l’envahisseur. Leurs bombes dressent les Irakiens contre eux. Leurs colonnes s’étirent dangereusement. Ils doivent augmenter leurs effectifs à la hâte et foncer là où Saddam les attire, vers cette capitale dont ils comptaient attendre la chute en distribuant des vivres dans le reste du pays. Pour l’instant, c’est tout faux.

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