Des deux côtés du Rhin, la tendance est la même. La gauche progresse, la droite recule et les Verts opèrent une forte percée, particulièrement spectaculaire en Allemagne où ils sont arrivés en tête des élections du Bad Wurtemberg, land qui était un bastion de la démocratie-chrétienne, avec plus de 24% des voix et ont triplé leur score de 2006 en Rhénanie Palatinat où les sociaux-démocrates auront besoin d’eux pour garder les commandes. Fondamentalement, les droites allemande et française perdent du terrain pour les mêmes raisons. Elles souffrent d’avoir gouverné en période crise. Elles sont l’une et l’autre contestées sur leur droite, particulièrement en France par le Front national mais également en Allemagne par une poussée nationaliste de l’électorat conservateur. Leur message, enfin, s’est brouillé car Angela Merkel comme Nicolas Sarkozy avaient incarné un tournant libéral de leurs partis respectifs avec lequel ils ont dû rompre après le krach de Wall Street, prenant la tête d’une demande de régulation internationale mais sans retrouver un discours économique vraiment cohérent sur leur scène nationale. La CDU-CSU et l’UMP sont aujourd’hui usées, divisées et conduites par des leaders en perte de popularité alors que les gauches allemande et française bénéficient non seulement d’un besoin d’alternance mais aussi, plus profondément, d’un recul général des idées libérales qui a donné une nouvelle jeunesse aux credo originels des gauches sur la relance par la consommation et le rôle économique de l’Etat comme arbitre social et garant du long-terme. Plus que jamais, les gauches allemande et française apparaissent comme les favorites des élections nationales de 2012 et 2013 et, compte tenu du poids de ces deux pays dans l’Union, cela esquisse une Europe assez différente de celle d’aujourd’hui sur deux points au moins. Les préoccupations écologiques, d’abord, devraient y peser de plus en plus car les gauches ne pourraient pas l’emporter sans les Verts puisque leurs avertissements sur les dangers que courre la planète sont tragiquement validés par le drame japonais qui a considérablement pesé sur les élections allemandes, qu’ils s’affirment comme une force incontournable et qu’ils séduisent une grande partie des classes moyennes, des électeurs centristes, qui se retrouvent plus en eux que dans la gauche, la droite ou les traditionnels centre-gauche et centre droit. Grand échec de Barack Obama qui en avait fait l’un des thèmes essentiels de sa campagne, l’économie verte pourrait marquer des points en Europe, y modifier les paysages urbains, y faire reculer le nucléaire et y inciter à de vrais investissements dans les économies d’énergie et les technologies d’avenir. Quant au second changement porté par les élections d’hier, il est que l’harmonisation et la coordination des politiques économiques européennes pourraient être considérablement renforcées à compter de 2013 car les Verts et les gauches allemande et française en sont de grands partisans. Malgré toutes ses cacophonies, l’Union a déjà acté la nécessité de solidarité renforcées et d’une gouvernance économique et commune et l’alternance franco-allemande devrait lui donner une nouvelle impulsion.

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